J’ai été forte, longtemps. Même à bout de souffle, j’ai continué de courir, de chercher des réponses et des solutions, de garder espoir. Ce qui me tient sur la bonne voie, c’est surtout de savoir qu’au bout du chemin, tout va finir par s’arranger.

Mais des fois, j’en suis plus aussi certaine.

Je sais qu’il n’y a pas d’arc-en-ciel sans pluie, mais elle arrive combien de temps après la pluie, le criss d’arc-en-ciel? Mon cœur n'en demande pas tant, il me semble. Un petit répit, une journée douce, une trêve de soucis. Prendre mon café dehors sans avoir à me demander si le ciel va me tomber sur la tête.

Le monde s’écroule autour de moi et je n’ai même pas de souliers pour sacrer mon camp.

Entre les injustices et les horreurs de la vie, les mésaventures fortuites et les évènements imprévus, quelque chose de sombre s’est installé en moi. Même si une lueur traverse encore mon esprit pour se rendre à mes yeux, même si j’ai l’air d’encaisser les coups sans flancher, une brèche est apparue dans mon bonheur.

Un tout petit trou de rien du tout qui va finir par former une plaie béante si je n’en fais rien.

J’ai tellement couru. Je suis partie sans regarder derrière en marchant sur les petites roches pointues qu’on a placées sur mon chemin. Pas de parapluie, pas de sac à dos, pas de carte, pas de plan. Juste, courir. Jusqu’à ce que mes pieds me fassent mal. Jusqu’à ce que ça me fasse tellement mal que j’en oublie les incertitudes, que mon anxiété fasse place à l’instinct de survie.

Je n’en peux plus. Je n’ai plus envie de courir. J’ai envie de me jeter à l’eau, en bordure de chemin, et d’attendre qu'on me transporte, sans faire d'effort.

Ces instants de faiblesse ne durent parfois qu’une seconde, mais c’est bien assez pour me faire remettre en doute tout mon parcours. L’humain veut des réponses précises à ses malheurs, et ce qui reste inexpliqué est un bien triste irritant. C’est dans notre nature, d’essayer de donner du sens à des choses qui n’en ont pas. C’est alors que s’y perdre devient facile.

Mais il faut se rappeler, dans ces moments-là, les raisons qui nous ont poussées à garder le cap et à survivre tout ce temps. Il faut parfois continuer à avancer même dans la douleur.

Te jeter aux bras de la rivière ne te donnera pas la tranquillité d’esprit, car elle est une amante toxique et malicieuse. Elle te prendra dans son étreinte douce et moelleuse pour mieux te tordre en deux lorsque tu t’endormiras. 

Alors tu dois continuer à imaginer une fin heureuse et à repousser d’autres limites. Regarde comme tu as déjà fait tellement de chemin. Même nu-pieds. Dans garnotte.

Source de l'image de couverture: Unsplash 
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