Faits Vécus

Je crois que ça a commencé quand j’ai perdu mon grand-père il y a de ça 12 ans. J’étais jeune, mais je me souviens d’avoir réalisé une chose et c’est qu’un jour ou l’autre, la vie connait une fin, qu’on le souhaite ou non. À partir de ce moment-là, je suis devenue soucieuse de vieillir.

À chaque fin d’année scolaire, j’étais toujours la plus triste, car ça signifiait pour moi qu’une année venait de se terminer et que donc, je grandissais. Je me souviens comme si c’était hier d’arriver chez moi avec une boule à l’estomac suite à la dernière journée d’école. L’entrée au cégep, je l’ai trouvée difficile. J’avais du mal à digérer que je passais au stade suivant, que j’étais désormais considérée davantage comme une adulte plutôt qu’une adolescente. Qu’on avait maintenant des attentes envers moi qui n’étaient pas là auparavant. Je ne me sentais pas en mesure de m’acquitter de toutes ces responsabilités.

Vieillir, ça m’effraie. M’imaginer de quoi j’aurai l’air dans 50 ans, j’en suis incapable. J’ai peur de voir mon corps changer au fil des années. De voir apparaître mes premières rides au visage. J’ai peur de perdre ceux que j’aime à mesure que les bougies s’accumulent sur mon gâteau de fête. J’y crois, au syndrome de Peter Pan. J’ai 19 ans et j’ai l’impression que ça va trop vite, que le temps file à une vitesse qu’il m’est impossible d’arrêter.

sunset couple vieillir Source : Pixabay

Je paierais cher pour vivre dans ma vingtaine éternellement. Pour avoir des responsabilités, mais pas trop. Pour avoir des dettes, mais pas trop. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui accueillent leurs vieilles années et leur retraite à bras ouverts. Ceux qui font brillamment rimer vieillesse et sagesse. Moi, j’ai le vertige rien que d’y penser. J’peux pas m’empêcher de me répéter que même si on fait des pieds et des mains pour rester jeune physiquement et psychologiquement, on n’échappe pas à la règle des années qui passent. Que même si je suis une adulte avec le cœur ben ben jeune, je m’éloigne de plus en plus de la petite fille que j’étais et je m’approche trop rapidement à mon goût de ce lot de complications que représente pour moi le monde adulte.

Je termine l’université dans trois ans et je peux déjà m’imaginer comment je vais me sentir lorsque je tiendrai ce diplôme dans mes mains: fière, mais angoissée. Ce sera une autre grosse étape de franchie. Une étape qui m’apportera lentement, mais sûrement dans un monde où je n’ai pas envie d’être pour l’instant. Pas parce que je n’aime pas ce que je fais, mais bien parce je sais pertinemment que ça signifie une fois de plus que j’aurai vieilli. Seulement trois ans, vous me direz, oui, mais trois ans de plus. De trop.

J’essaie d’être optimiste, mais j’ai peur. J’ai envie d’être figée dans le temps. De fuir. Si on trouve un remède contre le vieillissement, je serais la première à sauter sur l’occasion, car l’idée de mourir un jour m’horrifie. Pendant ce temps, je tâcherai de profiter de toutes ces années qui défilent avec le plus grand cœur d’enfant qui soit et j’espère un jour accepter qu’il y ait certaines choses sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle et que vieillir, c’est probablement la plus inévitable.

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Rosalie Bélanger

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