Style de vie

Les événements des dernières semaines nous ont démontré l’urgence d’entamer une véritable introspection sur nos propres préjugés. Nous sommes devenus trop confortables au royaume de nos habitudes pour nous demander si certains de nos comportements sont problématiques. Personnellement, je trouve ça très inquiétant. Ce qui peut sembler banal pour moi peut contribuer à maintenir d’autres personnes dans une autre zone où je ne mettrai jamais les pieds.

Ce ne sont pas de vieilles querelles du passé qui ne nous concernent pas. En se contentant d’être spectateur, nous contribuons à la marginalisation de ceux qui vivent du racisme au quotidien. Il est grand temps de devenir de véritables alliés et de les écouter avec ouverture. Et, soyons honnêtes, ça ne nous enlève absolument rien d’essayer de nous améliorer. Bien au contraire.

Personnellement, c’est par la littérature que j’ai commencé à mieux comprendre leur réalité et à réaliser que, trop souvent, je jouis de privilèges dont je ne me rends même pas compte tellement je les prends pour acquis. Je vous recommande donc ces cinq livres, écrits par des autrices autochtones qui m’ont particulièrement interpellées.

Shuni et Manikanetish– Naomi Fontaine

C’est Naomi Fontaine qui m’a d’abord ouvert les portes d’un univers que je me contentais de connaître à travers les statistiques, les jugements et l’ignorance. Cette enseignante de français née à Uashat, près de Sept-Îles, nous fait découvrir le mode de vie actuel des Innus. Dans Shuni, elle s’adresse à son amie. Une non autochtone venue s’installer dans sa communauté pour les aider, pour lui parler non seulement de son peuple, mais aussi des individus qui le composent. Elle en profite aussi pour parler à son fils, dont l’identité est en train de se forger. Son écriture est poétique et d’une grande sensibilité.

livre autochtone, nature, feuillesSource image : Martine Bouthillier

Dans Manikanetish, Naomi Fontaine nous plonge dans le quotidien d’une enseignante de français qui laisse tout derrière elle pour retourner vivre sur une réserve innue de la Côte-Nord. En tant qu’enseignante, elle fera la rencontre de plusieurs élèves qui luttent au quotidien contre des enjeux beaucoup plus grands qu’eux. J’ai grandement apprécié la beauté et la force des personnages tout comme le cheminement personnel de la protagoniste dans ce retour aux sources.

D’ailleurs, si vous préférez les films aux livres, sachez que son premier roman Kuessipan a été adapté au grand écran. C’est une histoire d’amitié fusionnelle entre deux adolescentes qui donne enfin la parole aux Innus sur nos écrans.

Croc fendu – Tanya Tagaq

Je recommande aussi Croc fendu de Tanya Tagaq, artiste inuit multidisciplinaire. Dans ce récit, une jeune femme ayant grandi au Nunavut dans les années 1970 déjoue les frontières du bien et du mal. L’autrice nous offre des fragments de réel entrecoupés d’hallucinations et de poésie pour alléger l’horreur. Ce roman est terriblement beau, même s’il nous écorche le cœur trop de fois.

livre autochtone, nature, plageSource image : Martine Bouthillier

Kuei, je te salue – Natasha Kanapé Fontaine et Deni Ellis Béchard

Il y a également deux essais qui m’ont particulièrement aidé à comprendre comment je pouvais devenir une alliée. D’abord, Kuei, je te salue où, à travers un échange de lettres, on discute de racisme. Natasha Kanapé Fontaine accepte de revenir sur ses blessures pour amorcer une réconciliation plus que nécessaire entre nos peuples. De son côté, Deni Ellis Béchard explore avec humilité ses privilèges et ses propres réflexes racistes pour mieux s’ouvrir à l’autre.

livre autochtone, nature, terreSource image : Martine Bouthillier

Je suis une maudite sauvagesse – An Antane Kapesh

Ensuite, dans Je suis une maudite sauvagesse, An Antane Kapesh nous livre une histoire cruciale que nous avons appris à oublier. Il est difficile à lire par moments, parce que c’est un véritable coup de poing au visage. L’autrice, mère de 9 enfants, nomade jusqu’en 1953, ancienne chef de bande et première autrice innue remet en question tout ce qu’on a appris dans nos cours d’histoire. Elle était aux premières loges lorsque ses terres, ses ressources et même ses enfants lui ont été enlevés pour faire disparaître leur culture et les gaver de la nôtre.

livre autochtone, nature, feuillesSource image : Martine Bouthillier

Un petit ajout pour terminer, soit le roman Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel. L’autrice s’inspire de son propre vécu pour faire vivre dans ses pages les enfants de Salluit avec lesquels sa protagoniste travaille tous les étés. C’est beau et touchant.

Source image de couverture : Unplash
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