Je suis un peu en retard pour m'adresser à toi. Toute la planète t'a acclamé et a exprimé leur tristesse que tu ne sois plus parmi nous. Je suis triste aussi, mais je ne te connais pas, donc ma tristesse s'arrête à ce que je connaissais de toi : tes oeuvres. Ton talent.

Cher Jean-Marc Vallée, 

Tu n'es plus, mais tu laisses quelque chose de majestueux derrière. Un gars de Montréal qui endeuille Nicole et Reese et Amy et Jake et Matthew. Un gars de Montréal qui a été voir ailleurs si on y était. Un gars de Montréal avec sa vision artistique qui lui est propre. Un gars de Montréal qui a réussi à propager son art à travers le monde.

Cher Jean-Marc Vallée, 

Je ne pourrais pas te dire que je suis la plus grande de tes fans. Ce serait te mentir et je n'ai pas envie que tu viennes me hanter. Même si je suis certaine que nous aurions des conversations intéressantes, fantôme-toi et moi. Je connais tes films. Je comprends ton style. J'aime bien. Tu n'es pas mon réalisateur favori de tous les temps, mais j'aime ta valeur et ce que tu apportes, apportais, à la télévision et au cinéma d'ici et d'ailleurs. Je suis certaine que tu aurais eu encore beaucoup à offrir à l'art. Je trouve ça dommage que tu ne puisses plus contribuer à cet héritage puissant. Mais, en consolation, dis-toi que ton étoile brillera longtemps, jusqu'à probablement devenir ce qu'on appelle un classique.

Cher Jean-Marc Vallée, 

Merci pour C.R.A.Z.Y, le film dont on t'a probablement trop parlé. Le film dont tu dois être tanné de parler toi-même. Devais. Depuis 2005, on t'en parle et reparle. Ça veut bien vouloir dire quelque chose, non? Les histoires de famille, ça touche, ça rassemble. Surtout celles avec un underdog qui ne se sent pas à sa place, peu importe la raison. Ici, c'est un homosexuel dans un Québec trop catholique et une famille toute pognée par en dedans. Mais, pour que ça ait marché, ça doit être beaucoup plus que ça, non? Pour que le monde s'identifie à une famille un peu brune (les années, tsé), qui chante du Charles Aznavour et qui ont de la misère à s'accepter comme ils sont, chacun et ensemble, ça doit bien aller au-delà des limites de notre Province, non?

Cher Jean-Marc Vallée, 

Je m'excuse pour mon retard. J'aurais dû parler de toi avant. Mais il s'est passé tellement de choses, tu peux comprendre. De toute manière, tu as pu profiter de plusieurs hommages au cours de ces dernières semaines. Sache que je suis désolée que tu sois décédé seul. J'espère que tu étais dans un bon moment de ta vie et que tu ne laisses pas de trop gros regrets. Ta cinématographie restera vivante un bon bout de temps. Je ne peux pas te garantir le mot toujours, mais ça ne devrait pas être trop loin.

Cher Jean-Marc Vallée, 

Merci et bon repos.

Source de l'image de couverture : Le Devoir

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