Traumavertissement: Violence verbale, violence psychologique, violence physique. Des ressources sont disponibles à la fin du texte.

Tu n’es pas folle, c’est violent. C’est violent de se faire dire qu’on est trop sensible ou que nos émotions sont ridicules. C’est violent se faire traiter de salope. C’est violent quand il rit de toi et non, tu n’es pas trop susceptible. C’est violent quand il te dit que t’es conne. C’est violent quand il prend le contrôle de ton argent. C’est violent quand il te chuchote des vacheries à l’oreille, même si toi tu finis par répondre en criant. C’est violent quand il te prive d’affection parce que tu ne fais pas ce qu’il veut. C’est violent quand tu acceptes de faire l’amour pour acheter la paix et éviter qu’il boude pendant des heures.

C’est violent quand il t’humilie devant les enfants. C’est violent quand il dénigre ton travail et tes études. C’est violent quand il te sermonne pendant si longtemps qu’il te prive de ton sommeil. C’est violent quand il continue de t’insulter malgré tes pleurs ou quand tu le supplies d’arrêter. C’est violent quand il conduit vite parce qu’il veut te faire peur et te montrer qu’il est en contrôle. C’est aussi violent quand il se braque devant toi pour t’empêcher de sortir ou qu’il entre dans ta chambre en forçant la porte que tu avais verrouillée pour te réfugier de sa colère.

Peut-être que ça va s’arrêter là. Peut-être que tu ne subiras pas de violence physique. Mais c’est quand même violent s’il te lance un objet ou s’il frappe le mur près de toi. C’est violent s’il s’approche à deux pouces de ton visage pour te dire à quel point tu es conne et salope. Non il ne te touche pas, mais c’est violent. C’est violent s’il crie et c’est violent même s’il te méprise en parlant à voix basse pour que les enfants ne l’entendent pas.

Et c’est ça l’escalade, tu ne sais jamais si ça va s’arrêter là. Un jour, peut-être va-t-il te pousser, peut-être pas. Tu vas excuser le fait qu’il t’a tassée brusquement en passant en te disant que tu étais peut-être trop dans sa bulle. Tu vas rationaliser la poussée qu’il t’a donnée, car après tout, tu as crié toi aussi. Plusieurs fois. Et tu fais des crises, tu te désorganises, alors tu comprends qu’il peut être à bout lui aussi. Et tu pardonnes, encore et encore. Chaque geste qu’il pose, tu arrives à l’expliquer et il t’arrive même de t’excuser. Peut-être qu’un jour il va te frapper, seulement une fois, ou plusieurs fois. À ce moment, tu te diras que tu l’as poussé à bout. Après tout, tu es dépressive et anxieuse.

Tu n’es tellement pas facile à vivre. Tu as un caractère de merde. Tu comprends que votre couple est explosif, vous vous aimez tellement après tout. Un jour, il va peut-être mettre ses mains sur ta gorge. Peut-être qu’il ne le fera pas. Mais s’il le fait, tu vas manquer d’air et tu vas voir la rage dans ses yeux. Tu vas avoir peur qu’il ne lâche pas à temps. Tu vas t’effondrer et te relever, ou pas. Mais si tu te relèves tu vas peut-être pardonner, comme bien des femmes pardonnent. Tu ne comprends pas trop pourquoi, mais tu acceptes ses excuses.

poupée mal en point source image : Unsplash

Tu ne veux tellement pas briser votre famille. Il t’a tellement répété souvent que si tu pars, il disparaitra de la vie des enfants. Tu t’en voudrais qu’il le fasse alors pour tes enfants, tu pardonnes.

Il est violent, même s’il n’est pas violent tous les jours. Il a de bonnes journées. C’est normal. C’est ce qui fait que que tu crois encore qu’il peut changer. Ce sont les moments de douceur qui réparent le mal qu’il te fait. Alors tu as besoin de ces moments-là. Et c’est ok de l’aimer. C’est si bon, si doux.

Tu n’es pas folle, tu n’es pas conne, tu n’exagères pas. C’est normal d’avoir l’impression que chaque incident pris séparément est banal. Tu n’es pas faible de ne pas être capable de partir ou d’y retourner encore et encore. C’est normal. Il t’a convaincue que vous vous aimiez tellement passionnément que même vos conflits étaient à la couleur de cette passion intense. Il t’a fait croire que tu n’étais pas assez, que tu avais un tempérament difficile, que personne d’autre que lui ne pourrait t’endurer.

En bout de ligne, si tu lis ces mots, si tu te reconnais dans une seule phrase, peu importe le type violence que tu subis, peu importe si tu juges que c’est grave ou moins grave que ton amie, ta voisine ou la fille à la télé, tu n’es pas folle. Ce n’est pas la nature des gestes qui définit le fait que tu sois victime de violence ou non. Ce sont les conséquences que ces gestes ont pour toi. Ce qui est important, c’est comment tu le vis, ce que tu ressens. Si tu te sens violentée, c’est violent. Sors de là….

Ressources

  • Aide immédiate : Appelez le 9-1-1.
  • Besoin de soutien? Composez le 1-888-933-9007
  • Pour les jeunes, il est possible de clavarder avec un professionnel de Tel-Jeunes par courriel, ou par téléphone en composant le 1-800-263-2266
source image de couverture : Unsplash
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