Faits Vécus

Je contemple mon vélo que j’ai rangé la veille dans mon auto. Mes vitres sont sales et recouvertes de gouttes qui s’abattent les unes après les autres devant mon regard exaspéré. Le souvenir de ma dernière balade à bicyclette refait surface. Hier soir, la pluie a traversé mes vêtements au point de se rendre jusqu’à mon âme. J’étais déjà de mauvaise humeur, mais cette température avait effacé tout restant de sourire de mon visage.

Je tentais de demeurer positive malgré la performance que j’ai offerte lors de ma première émission de radio. J’étais déçue. Mes attentes étaient hautes et j’ai raté le plongeon. Je balbutiais, je n’étais pas coordonnée avec les sons et l’estimation de mon temps était inexacte. Je connais mes erreurs. J’anticipe les commentaires. Je ne souhaite pas avoir à gérer ceux des autres. Je voulais impressionner. Je voulais rendre fière. Je me suis plutôt retrouvée avec un débat mental. Mon coeur est tourmenté et mon cerveau essaie de le consoler.

Je ressens de la tristesse. Ma tête me demande : « Comment se fait-il que cette si petite chose t’affecte autant? »
Je ressens de la déception. Ma tête me demande : « Tu commences, pourquoi vises-tu la perfection? »
Je ressens de la gêne. Ma tête me demande : « Pourquoi n’es-tu pas fière de ce que tu as accompli? »
Parce que je ne suis jamais satisfaite.

Source image : Duval.raw

Je refuse de pédaler pour me rendre au bureau. Je m’assois au volant de ma voiture. Je prends mes clefs et je démarre mon bolide. Une vague de déception a assombri ma journée. Ah! Il fallait évidemment que je laisse mes pensées vagabonder sur ce souvenir désagréable. Je conduis tout en regrettant mes réflexions négatives.

D’où vient cette incapacité de ne pas être en mesure d’apprécier ce que je fais? Je décide de continuer de voguer sur cette introspection. Ça remonte à bien longtemps cette fois où je me suis sentie fière. À vrai dire, la sensation ne provenait même pas de moi. Elle avait été générée par la reconnaissance de mes pairs. J’ai besoin de la confirmation des autres.

« Ne sais-tu pas la valeur de ce que tu accomplis? », m’avait-on questionné.
« Je fais comment pour le savoir? », avais-je relancé.

Mon interlocuteur est surpris. Autant qu’il soit inconcevable pour moi d’apprécier ce que je fais autant qu’il ne comprend pas ma vision des choses. Je veux changer, mais je me suis toujours comparée à meilleur que moi. J’ai deux grandes sœurs. Par le passé, malgré la différence d’âge, je critiquais mon travail (mes dessins, bricolage, performances scolaires et sportives, etc.) avec les mêmes critères que ceux de mes sœurs. Mes parents ont bien tenté de me donner tous les encouragements nécessaires, mais ce n’était pas leur approbation que je recherchais. Sans m’en rendre compte, je forgeais des objectifs impossibles à atteindre. Des limites irréalistes qui me suivraient jusqu’à aujourd’hui.

Je viens d’arriver à destination. On me demande de rédiger un article. Serais-je à la hauteur? Aimera-t-on ce que je vais écrire? Combien de fautes ne verrais-je pas? Mon sujet est-il assez pertinent? Et si je me plantais? C’est avec angoisse que je me mets à taper.

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Lucie Fortin

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