Faits Vécus

Ma passion, il y a de cela quelques garçons, c’était d’écrire de la poésie peu assumée avec des vers assez bas de gamme. J’utilisais trop souvent les mêmes expressions afin de poser mes états d’âme sur du papier froissé par la colère que j’associais littéralement toujours au feu, au froid et à la tempête. C’était à l’époque où je n’avais pas encore décidé de sauver la planète en tapant à l’ordinateur et où je devais minimalement tuer une bonne centaine d’arbres par année, ce qui n’est pas si pire comme dommages collatéraux étant donné mes tendances prononcées à avoir la machine émotionnelle sensible.

Je me souviens qu’une fois, j’avais décidé d’écrire quelque chose de différent. Au lieu de parler des autres, j’avais décidé de me centrer sur moi. C’est la philosophie que j’ai en général dans la vie, ça : toujours parler de moi. Alors tant qu’à empoisonner le quotidien des autres avec mon auto appréciation abondante, autant mieux m’en inspirer pour espérer décrocher un prix Nobel de la littérature. J’étais très humble dans le temps aussi.

machine à écrireSource image : Pixabay

Le résultat s’appelait Ce que j’ai de si exceptionnel, et j’étais vraiment fier. Mais vu que ça fait longtemps et que je n’assume pas mon moi passé – sérieusement, parfois je réfléchis à ma façon d’être il n’y a même pas trois mois et je trouve que j’ai donc bien mûri et grandi et développé mon altruisme et toutes mes valeurs bonnes pour l’Univers et, surtout, mon CV étant donné que je gradue bientôt – je mets ici seulement un extrait.

Sa vie est une pente fatale

Prévoyez les scandales

Sans aucune raison, il saura vous insulter

Plein de poèmes, vous lui inspirerez

Je pense que c’est important de noter à quel point j’avais de l’estime dans le temps. Et aussi, à quel point j’ai bien fait de délaisser ce style d’écriture-là.

Mais donc, maintenant que j’ai vieilli, que j’ai parcouru une bonne distance sur le chemin de la vie malgré des crevaisons et un manque total d’orientation et que j’ai atteint le cap symbolique des 100 mentions j’aime sur les réseaux, je m’en vais écrire toute de suite mes qualités pour être certain de ne jamais les oublier. Même quand il pleut. Même quand personne ne répond à mon affection bien ponctuée. Même quand ça fait cinq mois que je suis célibataire et que mon chat m’en veut encore de l’avoir délaissé alors il ne veut plus jamais dormir avec moi.

gouttes de pluie sur fenêtre Source image : Pixabay

Ce que j’ai de si exceptionnel, c’est ma résilience. C’est ma capacité à me dire que brûler trois ou quatre feux rouges pour ensuite mieux me faire percuter par un karma bleu avec un aileron arrière, et bien c’est toute une chance. C’est une aptitude à avoir tellement besoin d’attention qui fait en sorte que je suis capable de rire autant fort et à faire des blagues aussi drôles que malaisantes sur mes craintes, mes insécurités et la chute d’eau qui me coule dans la face. La résilience, ce n’est peut-être pas de toujours rire sur le coup, mais je pense qu’après quelques jours et un coup de téléphone à une âme affectueuse, on devrait tous être en mesure de se le permettre.

Mon orgueil démesuré, il est lui aussi assez exceptionnel. Je ne sais pas d’où est-ce qu’il sort en fait, car je me souviens très bien de mon moi de l’école secondaire qui avait peur de lever la main en classe. À l’époque, je portais des pantalons de couleur et c’était considéré comme audacieux puisque je vivais dans la cambrousse. J’assumais un peu moins tous mes choix de vie aussi et j’avais des cheveux plus indomptables que mes compagnons de classe qui se trouvaient cool de mâcher de la gomme même si c’était interdit.

fleur dans le dessert Source image : Pixabay

Maintenant, mon estime a pris de l’expansion. J’assume complètement le fait que je n’ai absolument aucune conscience des décisions que je prends. Je porte du linge qui fait du sens et je l’assortis plutôt bien à un regard qui lance des couteaux ou une haleine qui empeste le jugement assez fort pour que des jeunes hommes à l’esprit léger me frottent subtilement l’épaule parce qu’ils ont le goût de diminuer mon semblant d’agonie en me racontant leurs anecdotes de vie.

Mon amour propre, c’est une fleur que l’Univers a décidé d’inonder tardivement, et maintenant qu’elle a été assez bitch pour voler l’engrais de ses voisines, elle ne cesse de croître. C’est inarrêtable. Un jour, je vais sûrement jurer dans le décor du jardin à force de trop prendre d’espace comme ça, mais j’ai des valeurs bien ancrées dans le sol pour me tenir en place et des épines humoristiques pour empêcher n’importe quel jardinier zélé d’essayer d’assombrir ma place au soleil chèrement gagnée.

saut à la merSource image : Pixabay

Mais mon trait qui mérite le plus d’être mis en avant-plan, celui qui me rend le plus exceptionnel, c’est que j’ai été capable d’affronter 21 années et que je suis encore vivant. Je dis toujours que ce n’est pas grand-chose cet âge-là, mais en fait, c’est beaucoup considérant que la vie est cruelle et que je me laisse souvent guider dans ses dédales les yeux fermés en me disant que c’est plus aventureux d’agir avant de penser.

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Charles Groleau

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