Sport & Santé
« T’as donc bin maigri ! »
Ouin.
J’ai maigri parce qu’on m’a récemment diagnostiqué une maladie dégénérative qui me fait vomir tout ce que je mange.
J’ai maigri parce que j’ai tellement de stress sur le dos que je perds l’équivalent du double de mon poids en sueur chaque jour.
J’ai maigri parce que ma blonde est partie avec la voisine après 6 ans de vie commune pis j’ai pu le goût de manger.

Ce n’est pas toujours le fun d’avoir maigri

Puis, on pense que certaines personnes vont aussi rire quand on leur dira « ouin, ça parait que t’es en amour, t’as repris des joues !! » Franchement, quelle explication ton cerveau s’est-il donnée pour justifier le fait que c’était une bonne idée de commenter le poids de quelqu’un que tu connais un peu juste pour faire la conversation ? Quand est-ce que tu as eu ce déclic-là ? As-tu tendance à penser qu’un homme qui rattrape un peu de bedaine à l’aube de ses 30 ans prendra forcément à la blague un commentaire désobligeant sur sa consommation de bières ? Parce que c’est une image commune, un vieux stéréotype, et que, TOUT LE MONDE EN RIT !

Non. Juste, non

Tu peux féliciter quelqu’un qui te parle, de son propre chef, de sa perte ou prise de poids, mais c’est pas mal le seul moment où ça va te regarder ce qui se passe avec son corps. Et ce n’est pas parce que tu as accès visuellement à ces changements-là qu’il t’appartient de les commenter. Apprends à juste te taire.
Apprends à trouver des sujets qui n’impliquent pas des choses aussi personnelles et invasives. On pourrait penser que, à la vue de certains standards médiatiques, être toute menue est souhaitable pour tout le monde. La réalité c’est que le poids et le type de corps d’une personne c’est très personnel et relatif à chacun. Insister sur le fait qu’une personne est « donc maigre » c’est super impoli. Et parfois ça réveille des luttes interminables de jeunesse qu’on pensait avoir laissée derrière nous, mais qui reviennent nous hanter, soulevées par des paroles. Des semaines à valser avec sa boulimie sévère, des soirées à se faire insulter parce qu’on avait « l’air d’un squelette »…
On ne sera pas porté à commenter, de façon désinvolte, le traumatisme de quelqu’un dans un 5 à 7 sur une terrasse. C’est la même chose pour le poids. La société en a fait quelque chose de traumatique, une compétition féroce au corps parfait. Et il faut désapprendre ce fléau. Apprendre à ne plus en faire tout un plat. À ne même plus y penser, ne plus en faire un sujet de premier choix dans une rencontre fortuite à l’épicerie entre deux rangées de céréales. Ce n’est PAS IMPORTANT. Demande-lui comment va sa vie, si elle a des choses excitantes de prévues dans les prochains mois, ce qui fait pétiller ses yeux en ce moment, ce qui fait vibrer son cœur. Tu vois, ça, ce sont des choses importantes à réveiller. Des choses qui valent la peine d’être soulevées.
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Catherine Doyon

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