Nous oublions bien souvent que la vie ne tient qu'à un fil, que tout peut changer en l'espace de quelques heures. Tout comme on se dit que ça n'arrive qu'aux autres. 

Mercredi passé, je me suis levée pour le travail. Comme tous les autres mercredis, j'ai bu mon café tranquillement en regardant les nouvelles. Encore endormie, j'ai mangé mes toasts en planifiant mentalement ma journée. Puis, j'ai croisé mon père qui s'était aussi levé pour le travail. Il m'a dit avoir des douleurs au niveau du foie, qu'il allait attendre un peu avant d'aller travailler.

Je me suis rendue à l'école où je remplaçais ce jour-là. J'ai lu mon horaire du jour, préparé la classe et j'ai accueilli, souriante, mes petits cocos. Je n'avais aucune arrière-pensée en tête, sauf mes plans pour la fin de semaine et mes réflexions par rapport à mes travaux de fin de session.

Un texto qui inquiète

Lors de la récréation, je reçois un texto de ma mère « j'ai amené ton père à l'hôpital, appelle-moi quand tu es en pause ».  Même si j'étais au courant qu'il était pris en charge, que les médecins faisaient activement des tests et qu'ils avaient soulagé sa douleur, je m'inquiétais. Et si c'était le cœur ? Et si c'était irréparable ? Et s'il devait lui arriver quelque chose de grave ?

Je tentais de continuer ma journée sans trop sembler affectée, sans trop perdre patience avec mes petits cocos qui n'étaient pas responsables de cette situation. Je tentais de rester concentrée alors que je ne voulais qu'être auprès de mes parents.

Dans l'attente de réponses

Heureusement, il n'a pris que quelques heures aux médecins pour trouver le diagnostic. On devait enlever la vésicule biliaire, remplie de pierres. L'opération aurait lieu le lendemain au cours de la journée. J'essayais de comprendre le diagnostic, d'avoir le plus d'informations possible pour calmer ma tête qui partait dans tous les sens.

Je n'avais jamais réalisé à quel point il y avait peu d'heures ouvertes aux visites dans les hôpitaux. Jusqu'à ce que, arrivée en retard, je n'aie que quelques minutes pour donner les effets personnels à mon père. Jusqu'à ce que je doive attendre deux heures pour pouvoir lui parler. Puis, que je n'aie qu'une heure et demie avec lui, consciente qu'il y a des chances que je ne le revois pas avant son opération.

L'anxiété était au rendez-vous, les larmes coulant le long de mes joues alors que j'essayais tant d'être forte. J'essayais de ne pas réfléchir aux complications qui pourraient se produire. Je tentais de ne pas avoir ces pensées encombrantes : que ce passerait-il si jamais… Je n'étais pas prête, mais qui est réellement prêt au départ d'un parent ? J'imaginais mal ma mère et moi nous débrouiller seules alors qu'on n'y était pas préparées. J'essayais de garder des pensées positives, craignant tant que mes pensées sur la mort ne la manifestent.

Source de l'image : Unsplash

Le jour J

Le lendemain ma mère tenait à ce qu'on soit à l'hôpital dès l'ouverture des visites pour avoir la chance de voir mon père avant son opération. Nous l'avons manqué de cinq minutes. Je m'en voulais, ayant voulu m'arrêter pour m'acheter une collation parce que je n'avais pris le temps de manger avant de partir. Et je sentais que ma mère, bien malgré elle, m'en voulait aussi. Je crois que nous avions toutes les deux en tête l'inquiétude de ne pas avoir vu mon père avant son opération, si jamais… De ne pas avoir eu la chance de donner des ondes positives, de donner un gros câlin, de réconforter, de dire je t'aime.

Nous avons attendu dans sa chambre vide, restant même s'il ne savait pas que nous y étions. Comme si d'être présentes, sans même qu'il ne le sache, démontrait notre soutien.  Je me considère énormément chanceuse que mon père s'en soit sorti. Que son mal n'ait pas été fatal. Que son diagnostic ait été trouvé rapidement. Que son opération se soit bien déroulée, sans complications.

Les répercussions

C'est fou combien les imprévus ont des répercussions sur notre quotidien. J'étais présente à mon cours du jeudi matin, qui fut heureusement écourté, mais ma tête n'y était pas. J'étais si anxieuse que j'étais à fleur de peau. Je dormais peu, donc j'étais incapable de me concentrer. J'étudie en littérature et j'étais incapable de lire plus que deux phrases sans me perdre dans mes pensées. J'ai pris du retard dans mes travaux, j'ai négligé mon sommeil et mon alimentation, et ce, en seulement quelques jours d'hospitalisation.

Mon père est très fort, il s'est toujours battu pour obtenir ce qu'il désirait. Il n'aime pas demander de l'aide, alors qu'il est le premier à l'offrir. D'être obligé de dépendre sur nous pour ses déplacements et ses moindres besoins (prise de médicaments, boire, manger) l'a beaucoup affecté. Il se sentait coupable de nous en demander autant, alors que pour nous c'était une évidence que nous devions être présentes et l'aider. Parfois, on tentait même tellement de l'aider qu'on lui nuisait. Je crois qu'il n'aurait jamais pu deviner à quel point j'aurais de l'influence sur ses décisions. Il voulait tant me rassurer, et guérir, qu'il suivait chacune de mes recommandations (heureusement, elles-mêmes faites selon les conseils d'une de mes bonnes amies médecin).

J'imagine qu'il se sentait aussi mitigé entre le soulagement d'être en voie vers la guérison et l'anxiété d'être un travailleur autonome dans l'impossibilité d'exercer son métier. Il n'avait certainement pas prévu cette opération ni cet arrêt de travail imposé.

La santé ne doit pas être tenue pour acquise

J'en suis bien consciente, la vie ne tient qu'à un fil. La santé, comme la vie, n'est pas éternelle. Lors de cette fin de semaine rocambolesque, j'étais plus que contente d'être présente pour ma famille. J'étais soulagée d'avoir pris le temps de faire des activités avec mes parents, d'avoir des discussions sur tout, de laisser tomber des soirées entre amis pour regarder des films ensemble en mangeant trop de popcorn. J'étais soulagée d'être présente et de n'avoir aucun regret. Bien que mon quotidien ait été chamboulé, je me compte chanceuse d'en ressortir avec des conséquences sans importances.

Cette fin de semaine m'a prouvé, encore une fois, qu'il ne faut rien tenir pour acquis.

Source de l'image de couverture : Unsplash

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