Style de vie

Dans le cadre du mouvement #BlackLivesMatter, LeCahier s’est entretenu avec différents acteurs dans cet enjeu afin de leur laisser la place nécessaire pour s’exprimer. Aujourd’hui c’est Anik Boucher qui nous parle, une femme qui milite constamment pour la justice, peu importe l’enjeu.

Née en Gaspésie d’un père haïtien qu’elle n’a jamais connu et d’une mère blanche, Anik a passé toute sa jeunesse dans un monde de blancs. « Personne ne m’a dit que j’étais noire avant que je rentre à l’école. Juste pour prouver à quel point quand tu es un enfant, la couleur ne compte pas. J’avais pas vraiment de modèle noir non plus, j’étais la seule là-bas. La seule femme à qui je m’identifiais, c’était Naomi Campbell back in the days. La première fois qu’on m’a traitée de négresse dans l’autobus, j’ai même pas réagi parce que je ne savais pas ce que ça voulait dire. Rendue à la maison, j’ai demandé ce que ça voulait dire et c’est là que ma mère a fait: “oh shit.” Toute ma vie on m’a dit que j’étais belle, que la couleur de ma peau était belle, mais j’ai vécu plein de racisme quand même. »

Elle s’est également fait dire qu’elle n’était pas une vraie noire, ce qui lui a fait développer un syndrome de l’imposteur sur sa propre personne et ses propres origines. « Souvent, quand t’es mixte, t’es ni un Blanc, ni un Noir. Donc, ça, c’est tough. » Depuis le décès des membres de sa famille du côté Blanc, elle sent qu’elle peut maintenant faire la paix avec le fait de vivre les deux côtés égal. Avoir un enfant a également aidé Anik à ne pas renier qui elle est.

Anik Boucher bol nature

La réalité à Montréal

C’est arrivée à Montréal à l’âge adulte qu’elle a réellement commencé à voir plus de racisme. Reste que la réalité entre Montréal et les régions est différente. Et des exemples de racisme, elle en a plein. « Mon nom c’est Anik Boucher, ça sonne aucunement ethnique. On m’a engagée parce qu’on savait pas que j’étais noire. Quand je suis arrivée dans ma journée de training, tout le monde a été surpris. Il y avait une Noire dans les cuisines aussi. On est devenues super amies. Une journée, une des filles est venue nous voir pour nous dire qu’on est vraiment chanceuses d’avoir une job parce qu’ils n’engagent jamais de Noirs. » Un autre exemple courant est lorsqu’elle traverse la douane américaine, où elle se fait souvent arrêter, particulièrement lorsqu’elle a un afro. Anik mentionne que le fait d’avoir vécu ça toute sa vie lui a fait réaliser qu’elle ne s’apercevait même pas de ce dont elle était victime.

« Mon parcours ça a été ça, ça a été de me défendre des propos que tu entends tous les jours et qui deviennent tellement monnaie courante, comme si tu étais atteinte d’une maladie chronique. » Elle a fait un parallèle également avec le mouvement #MeToo d’il y a quelques années. « Quand une femme va se promener devant un site de construction, elle sait qu’elle va se faire crier après, mais tu n’en parles pas, parce que ça vient avec. »

Le vrai enjeu

Sa propre mère ne la croyait presque pas sur le profilage racial, puisqu’en tant que femme blanche, elle n’a jamais vécu ou été témoin d’une situation de la sorte. « Je peux pas en vouloir à quelqu’un de ne pas être Noir. Je peux pas en vouloir à quelqu’un de ne pas avoir vécu de racisme. Mais il faut essayer de comprendre et de le dénoncer. » Et c’est pour toutes ces situations injustes que les gens sont allés marcher.

Anik Boucher sourire soleilCrédit photo: Sébastien Lamothe

Anik est allée à la première manifestation #BlackLivesMatter du début juin à Montréal. Mais ce n’était pas sans crainte, considérant tout ce qu’on voit qui se passe aux États-Unis. Pourtant, au final, l’ambiance était relaxe. « J’ai jamais vu quelque chose d’aussi relax. Mais on le savait que ça allait péter à un moment donné. » Ce qu’elle trouve dommage de la situation de cette manifestation, c’est qu’il y en avait qui étaient là pour la casse et pour faire perdre le message. « Dans les médias du lendemain, écrit par des Blancs, c’est encore ça. On a parlé de ce qui a été cassé. Elle est là ma frustration. Quelqu’un qui veut bien faire sa job devrait arrêter de tomber dans ce panneau-là de sensasionnalisme et de parler des vraies affaires, même si ça peut être plate. Il y avait aussi des Autochtones qui ont fait des discours, mais ça, on n’en parle même pas. »

Au Québec, la réalité n’est pas la même qu’aux États-Unis en terme de racisme, et c’est pour le mieux. Il ne faut toutefois pas négliger les problèmes que nous avons, nous, ici, sur ce sujet. « Ici, on n’en parle pas, parce que les gens ne sont pas mélangés. Et il est là le problème. Le fossé est grand, les Noirs se tiennent avec les Noirs, les Blancs se tiennent avec les Blancs. That’s it. Les gens ne connaissent pas la réalité de l’autre et l’information ne circule pas. » Toutefois, on voit un changement puisque présentement, les gens vont dans les rues et on en parle. Les gens se réveillent et font face à la réalité de l’autre, pour une fois. Selon Anik, l’enjeu, présentement, sera de créer une unité, de briser la loop de « Whites with Whites ». « Il faut commencer à engager des Noirs, il faut que ça se mélange. En ce moment, il faut se forcer à inclure des minorités dans les médias sociaux. » Oui, les quotas seraient une solution à envisager.

Mais comment s’en sortir alors?

Anik a un message d’espoir et d’unicité en parlant de l’avenir de cet enjeu. « J’ai fait l’examen de conscience, et j’en ai parlé avec mes amis. Si je suis devant un groupe de Blancs et devant un groupe de Noirs, je vais avoir plus peur du groupe de Noirs. C’est comme ça. C’est là que tu vois que c’est ancré. Tu te sens inconfortable quand tu vois des Noirs et tu ne sais pas pourquoi. Ça, c’est une autre affaire que j’essaie de briser. C’est important pour moi de faire partie de ce mouvement-là pour mon travail personnel. Présentement, c’est la peur qui règne et c’est l’éducation qui va faire en sorte que ça va arrêter. Quand tu ne baignes pas dans un milieu, tu ne le comprends pas. Présentement, il y a des gens qui meurent parce qu’ils ne sont pas de la bonne couleur. C’est le devoir à tous de faire changer ces choses-là. Si tu n’emboîtes pas le pas dans le mouvement, tu deviens un acteur dans le racisme. »

Oui, toutes les vies comptent, mais ce n’est pas le temps de dire #AllLivesMatter

Évidemment, toutes les vies doivent être défendues, mais il faut prioriser celles qui ont un problème à régler. Anik aime particulièrement cette analogie, où la maison qui brûle est le #BlackLivesMatter, pour expliquer la différence entre les deux mouvements.

 

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Anik explique bien qu’il faut faire attention à ce que ce mouvement-là ne creuse pas davantage le fossé en séparant les Noirs des Blancs. « C’est mon message le plus important. »

La vidéo de George Floyd, une nécessité

Il y a deux écoles de pensée à ce sujet: ceux qui pensent que de diffuser la vidéo était nécessaire, d’autres pensent plutôt que comme c’est un meurtre, les gens ne devraient pas partager cette vidéo. J’ai demandé à Anik où elle se positionnait à ce sujet: « Oui, c’était nécessaire. Maintenant, il y a un mouvement planétaire. Tant qu’on ne voit pas quelque chose, ça n’existe pas. Cet acte-là est un acte qu’on devait voir. La responsabilité des journalistes après ça, c’est de mettre l’emphase sur ce qu’on veut qui change. Le changement, ça vient des gens qui ont une plateforme et qui ne vont pas donner trop d’importance aux gens qui veulent brouiller les cartes. »

Comment peut-on réellement être un allié?

Selon Anik, il faut essayer de comprendre, se renseigner avec des gens qui vivent la situation, lire, avoir de la compassion et ne pas avoir peur de poser des questions.

Voici quelques ressources données par son amie Marie-Ève Loiselle, professeure au secondaire, pour s’instruire sur le sujet:

Livres (romans ou essais) pour s’instruire sur le racisme :

  • « Le sujet du féminisme est-il blanc? » – Naïma Hamrouni et Chantal Maillé (dir.)
  • « La pensée féministe noire » -Patricia Hill Collins
  • « Femmes au temps des carnassiers » – Marie-Célie Agnant
  • « Le racisme est un problème de blancs » – Reni Eddo-Lodge

Livres pour enfants (anglo):

  • « A kid book about racism » – Jelani Memory
  • « This book is anti-racist » – Tiffany Jewell (autrice)  et Aurelia Durand (illustratrice)
  • « Not my idea » – Anastasia Higginbotham

Pour plus de ressources, cliquez ici.

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Marie-Chloé Falardeau
Éditrice

Marie-Chloé est une passionnée dans l’âme. Que ce soit la danse, le marketing ou les séries télé, tout ce qu’elle entreprend, elle y met son...

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