Faits Vécus

Mon amie aurait eu 40 ans au début du mois. Aurait, car sa vie à elle s’est arrêtée trop vite, à 38 ans et des poussières. Elle aurait eu 40 ans au début du mois et en aurait été fière. Elle aurait fêté ça en grand, entourée de sa famille, de ses amis, de tous ceux qu’elle aimait et qui l’aimaient en retour. Elle aurait ri à gorge déployée, laissant paraitre sans honte ses petites rides de bonheur qui creusaient leurs chemins aux coins de ses yeux et de ses lèvres. Elle aurait assumé cet âge avec plaisir, avec honneur. Parce que 40 ans, c’est beau. Ce chiffre que tant de femmes redoutent, mon amie aurait été heureuse de l’atteindre.

Ma collègue aurait eu 52 ans dans quelques mois. Aurait, car sa vie à elle s’est arrêtée trop vite en début de semaine, à 51 ans et des poussières. Elle aurait eu 52 ans dans quelques mois et n’en aurait pas eu honte. Elle aurait fêté ça délicatement, à l’image de la femme qu’elle était, entourée de son amoureux avec qui elle était encore en fusion comme au premier jour, de sa fille, de son gendre et de sa petite-fille née au milieu de l’hiver. Elle aurait assurément fait son jogging tôt le matin, comme tous les jours, et aurait cuisiné elle-même un gâteau pas très sucré, mais aussi divin que bon pour la santé. Elle aurait assumé cet âge avec bonheur et sans soucis, car elle se savait en parfaite santé. Parce que 52 ans, c’est beau. Ce chiffre que tant de femmes redoutent, ma collègue n’y aurait porté que peu d’attention.

Ces deux femmes merveilleuses sont parties beaucoup trop vite, beaucoup trop tôt. Elles n’ont pas eu la chance de vieillir. Car oui, c’est bel et bien une chance que de vieillir.

ballons fête colorésSource image: Unsplash

Quand je regarde autour de moi, quand j’écoute les conversations, quand j’ouvre la télévision ou que je feuillette une revue, je constate automatiquement à quel point vieillir est un sujet délicat. On vit à une drôle d’époque. D’un côté, on vit de plus en plus vieux et en santé. De l’autre, tant de femmes, et d’hommes aussi, ont peur de vieillir. D’un côté, on se réjouit d’atteindre enfin une maturité émotive, une situation de vie confortable, une autonomie. De l’autre, plus les années passent plus on juge notre corps, notre visage, notre peau. C’est comme si, en vieillissant, la manière dont on s’assume mentalement est inversement proportionnelle à celle dont on s’assume physiquement.

Je généralise, bien sûr, mais vous comprenez sûrement ce que je veux dire. Il suffit d’ouvrir une revue, d’entrer dans une pharmacie ou d’écouter une émission de service pour être submergé de publicités de produits anti-âge, de crèmes pour prévenir le vieillissement, de sérums pour raffermir la peau. Et je ne parle même pas des traitements plus intrusifs tels que les chirurgies esthétiques.

On a peur de vieillir. On ne veut pas avoir l’air de vieillir. Mais on vieillit. Alors on mange bien, on s’entraine, on se crème. Et on mange encore mieux, on s’entraine encore plus, on a recours au Botox. Et ainsi de suite. Mais on vieillit quand même. Et c’est normal. Et c’est correct. Et c’est souhaitable. Car si on ne vieillit pas, c’est que notre vie s’est arrêtée trop vite, à 38 ans ou à 52 ans, alors qu’il nous restait tant de choses à faire.

femme âgée caméraSource image: Unsplash

Je nous souhaite donc de prendre soin de nous, de notre corps et de notre esprit, pour avoir la chance de vivre le plus longtemps possible. Je nous souhaite de comprendre que nous pouvons vieillir en santé et en beauté, sans être obsédés par l’image que nous projetons. Je nous souhaite d’accepter ce que nous sommes, avec nos rides et nos taches de vieillesse, et d’en être fiers, car elles représentent la vie merveilleuse que nous menons. Et je nous souhaite de vieillir le plus longtemps possible, tout simplement.

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Érika Dandavino

Érika est d’abord et avant tout une Montréalaise dans l’âme. Elle est née sur l’île, y a vécu toute sa vie et considère que c’est...

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