Style de vie

Plus rapidement que Trump qui crache ses bêtises sur Twitter, Alexandria Ocasio-Cortez a gravi les échelons de la politique américaine de façon fulgurante et par conséquent, d’une manière qui nous a tous pris par surprise. À seulement 29 ans, elle est la plus jeune femme élue au Congrès américain. Son nom est désormais sur toutes les lèvres (et bien malheureusement se promènent sur les langues sales également), tant pour l’aplomb de ses convictions que pour ses mesures progressistes. Native du Bronx, d’un père architecte et d’une mère femme de ménage, elle incarne ces figures héroïques qui de la misère trouvent la force nécessaire pour accomplir de grandes choses. On ne se le cachera pas, elle est à des années lumières du parcours typique de la majorité des politiciens : blancs, hétérosexuels et issus de la classe moyenne (ça c’est quand ils ne sont pas issus de familles plus riches que les Rothschild!).

À lire aussi : La politique du 21e siècle

Alexandria Ocasio-CortezSource : Getty Images

Son élection donne donc beaucoup d’espoir à des populations encore aujourd’hui trop peu représentées en politique. Bien que je m’apprête ici à faire son éloge, je ne pourrais le faire qu’en apportant par la suite une critique sur la société dans laquelle nous vivons. Encore aujourd’hui, on défend l’un des mythes les plus durement ancrés dans l’imaginaire collectif : celui de l’égalité des chances.

Tout d’abord, comme d’autres l’ont souligné avant moi, l’élection d’Ocasio-Cortez s’inscrit, espérons-le, dans un vent de changement jusqu’alors jamais vu aux États-Unis. En effet, les femmes ainsi que les populations racisées et marginalisées semblent plus représentées que jamais au Congrès. Issue d’une famille à faible revenu et d’une mère immigrante, Ocasio-Cortez incarne un bel exemple de persévérance et du cran nécessaire pour percer en politique (qui plus est, dans un pays où les populations minoritaires sont trop souvent moquées par son président).

En plus d’avoir travaillé comme serveuse et barmaid, elle a également œuvré au sein de sa collectivité, notamment auprès des populations d’origine hispanique. Étant une femme très proche de sa communauté, elle cherche humblement à représenter des gens qu’elle a elle-même côtoyés. Véritable femme du peuple, donc, on l’admire pour la défense de mesures progressistes, tels que la gratuité scolaire et une assurance santé pour tous. Mesures qu’on lui a d’ailleurs reprochées : trop radicales, dit-on. Ouf! Il est vrai que l’égalité au niveau de l’éducation et de la santé, c’est vraiment trop d’extrême gauche… Au final, tant pour ce qu’elle prône que ce qu’elle incarne, Ocasio-Cortez donne de l’espoir à des millions d’Américains (et de Canadiens, avouons-le!).

Par contre, lorsqu’on parle d’Ocasio-Cortez (ou de n’importe quelle femme qui n’est pas caucasienne et qui est élue au Congrès), on brandit souvent que le racisme et le sexisme, c’est histoire du passé, qu’on vit maintenant bel et bien dans un semblant de monde où l’égalité des chances existe.

Un instant, monsieur, madame, personne non-genrée. De croire en l’égalité des chances, c’est d’avancer que peu importe le milieu dont on est issu, on a tous les mêmes chances de réaliser nos buts. À cela, je réponds qu’à moins de vivre dans un univers utopique parallèle, il s’agit d’un joli mensonge encore trop souvent brandit pour défendre la place que les gens occupent en société. De croire en l’égalité des chances, cela revient à avancer le fait qu’on mérite notre place en société pour la simple et bonne raison qu’on a tous les mêmes chances à la naissance. Cette façon de concevoir notre société est souvent appelée « méritocratie ». Tu as un emploi dans un grand bureau d’avocats? C’est purement parce que tu as travaillé fort pour l’obtenir. Ben oui, on avait tous les mêmes chances au départ, non? Ça fait que c’est juste parce que t’es ben ben bon et ben ben travaillant! Oui, oui, Donald.

Il s’agit là d’un outil pernicieux qui, trop souvent, ne fait que légitimer l’ordre établi et la société inégalitaire dans laquelle on vit.

Soit dit en passant, au Cégep, j’avais été surprise par le pourcentage de personnes qui changent de « classe sociale ». Puisque je n’ai plus la source, laissez-moi simplement vous dire qu’il s’agissait d’une très gênante minorité. En d’autres mots, si tu es né sous le seuil de la pauvreté, les chances que tu en sortes sont à peu près équivalentes à celles de Trump qui ouvre les frontières aux familles mexicaines : quasi-nulles.

Ainsi, l’élection d’Ocasio-Cortez est d’autant plus surprenante : elle est non seulement issue d’une situation familiale qui ne l’avantageait pas au départ, mais elle siège maintenant au Congrès de l’une des premières puissances mondiales.

Ceci étant dit, je n’ai aucun doute sur la force de caractère d’Ocasio-Cortez, sur son intelligence ou ses capacités : cette femme est inspirante sur toute la ligne. Il en reste que j’ai néanmoins du mal à concevoir son élection comme représentative du monde dans lequel on vit. Bien que remplie d’espoir, celle-ci ne représente qu’un tout petit pourcentage. On peut l’admirer, tout étant bien conscient qu’il s’agit là d’une exception, plutôt que de la règle.

” I was born in a place where your zip code determined your destiny ”

– Alexandria Ocasio-Cortez

 

Source image de couverture : Unsplash.com

-->
Un article de
Daniella Vilaire's Avatar
Daniella Vilaire

Le Cahier a la chance de compter sur une équipe de collaborateurs spontanés. Pour en faire partie, écrivez-nous à [email protected]!

Mes articles 
Articles suivants
Article Featured Image

DRIVE: nouveau single et vidéoclip de Charlotte Cardin et on adore!