Faits Vécus

Mon 25e anniversaire a eu le même effet sur moi qu’une conversation avec une vieille tante un peu raciste qui se prononce sur la Loi 21 pendant un party de famille… Je suis passée par les deux à contrecœur, avec plusieurs verres de vin pour contenir mon désaccord et taire le désarroi qui me remontait la gorge plus intensément qu’un shooter de Jameson de trop.

En soufflant mes 25 bougies, donc, je suis passée par un examen de conscience tout en brutalité plutôt qu’en douceur. Je dis bien brutal parce qu’en m’arrêtant un instant pour réfléchir à ma propre personne, j’ai réalisé que je le faisais aussi souvent que Trump accorde du temps à autre chose que la sienne, c’est-à-dire jamais. En me posant des questions de fond sur tous les aspects de ma vie, je suis passée par une réalisation plus percutante qu’un coup de masse en pleine face. Contrairement à l’idée que je m’étais faite de ma personnalité, j’étais inconsciemment et malheureusement touchée par l’un des plus grands fléaux de ma génération, c’est-à-dire celui d’avoir une piètre estime personnelle. En faisant de la place aux préoccupations qui m’habitent, j’ai pris conscience du fait que je portais en moi des blessures que je n’avais jamais pris le soin de panser. Bien involontairement, j’avais passé la moitié de ma vingtaine à matraquer ma confiance à grands coups de comparaison, de rendement et de performance.

gâteau de fête triste échappé perduSource image: Unsplash

Le fait d’être de nature empathique est, sans grande surprise, souvent accompagné d’une sensibilité aux problèmes d’autrui. Poussées à l’extrême, il arrive que ces qualités nous amènent à porter sur nos épaules tous les maux de la Terre. Ce faisant, il peut devenir assez facile de taire les siens « parce qu’il y a pire ailleurs ». L’idée de se plaindre alors que des gens vivent dans de terribles conditions de vie peut donc s’avérer plus répugnante que celle que j’ai de défendre Richard Martineau pendant un débat sur le port du voile. Il en reste que de se comparer à outrance à une misère soit disant plus profonde que la sienne, ça ne laisse aucune place aux émotions qui accompagnent les moments plus difficiles du quotidien. En passant sous silence des sentiments tout à fait normaux, j’ai tenté d’être le cliché de la fille « heureuse » et joviale 365 jours par année, du matin au soir, beau temps mauvais temps, en essayant de faire de moi une véritable Mary Poppins des temps modernes. Ça n’était qu’une question de temps avant que je ne réalise que c’était là de la fiction : Walt Disney, c’est un artiste, pas un documentariste. Même les plus « hop la vie » d’entre nous passent par des moments « fu** ma vie ». Ce n’est pas toujours « supercalifragilisticexpialidocious! ». Des fois, c’est normal que ce soit « supercalifragilisticexpialidÀCHIER! ».

En plus de se comparer à pire, on passe aussi énormément de temps à se comparer à mieux. Comme on évalue des compétences scolaires dans des grilles d’évaluation, j’ai noté mes propres réussites en fonction des gens que j’admire. J’ai cultivé la performance, en cherchant la perfection comme on cherche une terre fertile, en faisant pousser beaucoup de A+ sur des copies d’examens et en nourrissant des standards absolument inatteignables. Ma vie entière est devenue une compétition, dans laquelle je suis moi-même devenue ma plus grande rivale.

Bien qu’il soit nécessaire d’arroser et de fertiliser sa terre afin de la voir porter fruits, j’ai quant à moi atteint un point où dormir et manger sont devenus synonymes de luxe et où mes besoins vitaux ont été interceptés par mes besoins de validation sociale. Je n’étais fière de moi que par petites brèches temporaires de réussites ici et là, mais j’étais rapidement de nouveau la proie d’un sentiment d’infériorité. En brandissant des « j’aurais pu faire mieux », j’ai flagellé la fierté que j’aurais pu extraire de mes réussites. Mes échecs sont devenus de petits outils, que j’ai soigneusement utilisés pour tranquillement déconstruire le peu de confiance qu’il me restait.

« Je. Ne. Suis. Pas. Assez. »

Le plus pervers dans tout ça, c’est que ce sont-là des mots que je n’ai jamais osé prononcer. Ils ont parcouru des milles et des milles dans mon esprit, sans pourtant trouver le chemin de mes lèvres. On le sait tous : « c’est pas très attirant le manque de confiance en soi » et m’entendre dire que j’avais plus souvent envie de me cacher que d’être fière, ça aurait rendu le tout beaucoup trop vrai…

fille triste ombre cheveux chatainsfille triste ombre cheveux chatainsSource image: Unsplash

En toute honnêteté, je travaille encore sur cet aspect de ma personne, que j’ai peinturluré à gros traits de sourires forcés.

La seule chose qui aujourd’hui m’importe profondément, c’est d’être authentique.

Je n’ai que faire du fait que ça déplaise à certains, que ça en dérange d’autres.

Aussi cliché que ça puisse paraître, avec l’authenticité vient une immense liberté… Celle de me permettre, petit à petit, d’embrasser le beau, le laid et l’entre-deux de ma personne.

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Daniella Vilaire

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