Faits Vécus

Salut toi. Je ne te connais pas encore. Ou peut-être que si. Qui que tu sois, j’aimerais te dire quelques mots avant que tu franchisses le seuil de ma porte. Avant tout, je tiens à te dire que le dernier visiteur y a mis un sacré bordel. Il a ensuite simplement claqué la porte, sans ramasser les nombreux dégâts qu’il y avait engendrés. Et je ne te parle pas d’une banale boîte de pizza à moitié vide pis des deux, trois verres qui traînent dans le salon. Mon bordel, c’est carrément la fin du film Projet X : la maison est en feu et la voiture au fond de la piscine. Dis-toi bien qu’aucune femme de ménage n’a envie de ramasser ça. Moi non plus d’ailleurs. Je n’avais pas le courage d’y faire le ménage. Peur de ne pas voir le bout, peur de ne pas y arriver. Mais au fond de moi, je le sais, j’avais peur de l’oublier. Peur que ça nettoie nos souvenirs. Peur que ça efface nos rires. Alors j’aimais mieux vivre à travers les bouts de verre de fenêtres cassés, me faire mal et me couper chaque fois que j’y mettais les pieds.

coeur, rose, mur noir, bricolageSource image : Unsplash

HORS SERVICE

Si j’avais pu, j’y aurais accroché une pancarte avec cette indication. Bien colorée, dotée de néons à en revendre, question que tout le monde la voit, question que personne n’y entre. J’ai fini par construire autour de ce petit cœur quelques murs. J’voulais le protéger. J’y ai peut-être été un peu fort, résultat : ça finit en quatre gros murs de béton. Trois, quatre bonnes épaisseurs (le méchant loup dans les 3 petits cochons aurait été petit dans ses shorts, crois-mois). Je vivais dans ma peine. Entre mes quatre murs, ne voulant laisser personne toucher à ce désordre, parce qu’au fond j’espérais que le dernier visiteur reviendrait tout remettre en ordre. Je ne sais pas quand exactement, sans penser à ce que je faisais, un jour comme un autre, j’ai finalement pris le balai. Tout doucement, comme ça, sans plus ni moins. Plus les jours passaient, plus je me retrouvais à ramasser et à faire le tri. Morceaux de vitre, poussière, peine, souffrance et espoir de te revoir, prenaient peu à peu la forme du passé. Bon, ce n’était pas parfait, mais c’était déjà beaucoup mieux. J’ai encadré nos souvenirs dans de beaux petits cadres et l’ai ai mis dans le classeur de mon petit cœur. Section : passé amoureux. Sans le savoir, je venais d’accepter. Accepter le fait qu’il ne reviendrait pas remettre de l’ordre, à l’intérieur du chaos dans lequel il m’avait laissé.

Je le faisais pour moi.

Je le faisais pour toi.

Pour toi, la prochaine personne qui entrera ici.

Et donc, plus le temps avançait, mieux j’allais. Plus mon petit cœur respirait. Je lui avais même construit quelques jolies fenêtres, entre ces quatre murs de béton. Comme ça, il prenait l’air, mais sans jamais prendre le risque de sortir. Personne ne l’atteindrait.

Aujourd’hui, j’ai décidé d’abattre ces façades qui l’entourent. J’en suis prête.

Je suis prête à faire ta connaissance.

Peut-être même que je te connais déjà.

Peut-être que ce sera demain.

Peut-être que ce sera dans cinq ans.

Mais je suis prête à aimer de nouveau. Prête à laisser quelqu’un m’aimer en retour. Je suis plus forte. Je sais que le prochain que je laisserai passer la porte, ce sera parce que c’est le bon.

Mais gare à toi, je n’ai jamais dit que ce sera facile.

À toi qui feras tomber le restant de barrière autour de mon petit cœur, je tiens à te dire :

Qu’il te faudra plus qu’un DEP en charpenterie-menuiserie, pour bâtir ma confiance, puisqu’elle a jadis été trahie.

Qu’il te faudra plus qu’un BAC en ingénierie, pour comprendre mon mécanisme de défense dernier cri.

Qu’il te faudra plus qu’une maîtrise en psychologie, pour décortiquer chacun de mes doutes, chacune de mes questions et chacune de mes pensées.

Je suis prête, mais je t’avertis. Il te faudra plus qu’un simple soulier, pour me ramener après minuit.

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Marie-Soleil Lavoie

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