«Yo la chintok!» : mon expérience en tant qu’immigrante en Montérégie

Lorsqu’on me demande d’où est-ce que je viens, j’hésite souvent à répondre soit de Montréal ou du Vietnam. Mes parents ont immigré au Canada lorsque je n’avais qu’un an et dans ma tête, c’est comme si j’étais née ici. En grandissant dans un petit quartier défavorisé rempli d’immigrants de partout dans le monde, la diversité culturelle était grande et riche. Pas une seule fois au cours de ces années, je me suis sentie différente de mes voisins ou encore, des autres élèves à l’école. Cependant, à force de déménager à maintes reprises en suivant mes parents dans leur quête de locaux commerciaux à louer, j’ai malheureusement dû m’éloigner de la région de Montréal pour atterrir sur la Rive-Sud, puis quelques années plus tard, en Montérégie, soit dans la Vallée du Richelieu.

banlieu

Source: SkyscraperPage Forum

My god, par où commencer… J’ai vécu un choc culturel en arrivant dans mon quartier composé d'une population fortement homogène et j’ai reconnu pour la première fois ma différence à l’école primaire; mes collègues de classe étaient tous teeellement curieux et jamais on ne m’a posé la même question autant de fois dans une journée: « Tu viens d’où?! » Par contre, ce n’est que durant ma première année au secondaire que mon expérience était devenue des plus désagréables au point d’être mémorable. Quelques insultes lancées à mon égard par des ptits jeunes sans tact faisaient partie de mon quotidien. Certains d’entre eux n’avaient probablement jamais côtoyé une asiatique de leur vie, à en croire l’expression sur leurs visages. Ils étaient tellement perturbés à l’idée de voir quelqu’un comme moi en chair et en os se promener entre deux rangées de casiers qu’ils ne pouvaient s’empêcher de me crier « Yo la chintok! » ou alors « Ching Chong Konichiwa! » À treize ans, je ne me contentais que de rouler des yeux en guise de réponse, mais aujourd’hui, s’ils savaient tout ce que j’aurais voulu leur répondre…

smh

Source: Giphy

Hors de l’école, d’autres situations se sont aussi manifestées dans lesquelles ma famille et moi avons été confrontées. Par exemple, la fois où on était allé bruncher un samedi matin bien tranquille et un couple âgé s’était assis à côté de nous. Ils nous ont fixé tour à tour et ne nous ont pas quittés du regard, le temps me semblait une éternité. Je leur jetais rapidement un coup d’œil sec, mais dans ces cas-là, je ne sais jamais comment faire autrement. Je ne maîtrise pas cet art qu’est la répartie, bien au contraire, une part de moi devient paralysée, mais surtout perplexe et mal à l'aise. D’un autre côté, je ne veux pas tomber dans la généralisation, car il serait faux de dire que mon expérience n’a été que strictement négative. En effet, quelques-unes de mes plus belles rencontres ont été faites dans ce coin de pays.

no regrets  

Source: Starcasm.net

En déménageant de nouveau à Montréal, un grand sentiment de liberté m’a envahie. Le multiculturalisme m’avait tant manqué. J’avais réellement commencé à trouver ça weird qu’on ne me fixait plus dans la rue. Je me mêlais enfin dans la foule, qui était mon souhait le plus ardent lorsque j’étais adolescente. Toutefois, j’ai appris à ignorer les propos inutiles provenant de gens dont je ne pouvais être indifférente et à vivre mon adolescence au-delà de leurs regards insistants. Aujourd’hui, je suis prête à admettre que malgré tout, je vais toujours m’ennuyer de la beauté et du calme qu’offrait la rivière à mes pieds et les montagnes à mes yeux…

richelieu

Source: CLDVR

Source de la photo de couverture: Meme Generator