Faits Vécus

Il était une fois un jeune homme pas tant jeune que ça en fait, car ça le complexait de savoir qu’on avait quelques années de différence. Ça lui enlevait des raisons de se comporter comme un enfant. Ça lui mettait beaucoup de pression sur les épaules et ça l’empêchait de dormir quand il allait se coucher à 9h tous les soirs comme sa routine l’exigeait.

Ce preux chevalier-là, il avait commandé une erreur en ligne via le catalogue des grands sentiments. Il était venu chercher son colis dans la grande ville avec sa voiture beige qui crachait de l’ambiguïté, et il n’avait cessé de s’en vanter qu’au moment où il avait soudainement changé d’idée.

Il était arrivé dans ces terres citadines sur son cheval blanc avec un regard calme et des promesses en l’air. Il brandissait son épée dans la moyenne afin d’impressionner les dragons cracheurs de feu qui erraient dans l’intensité de la ville, lui qui craignait plus que tout un affrontement.

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Il venait rarement dans ces régions trop explorées, leur préférant le calme de sa rassurante campagne. Là où il pouvait profiter du Soleil sans jamais risquer de se brûler. Où il pouvait se nourrir exclusivement de miel puisque c’était de ce genre de douceur dont il avait toujours de besoin. Où la police ne surveillait pas aussi assidument la manière dont les gens gèrent leurs déchets.

Ce prince pas-si-charmant, il s’était tapé une pareille aventure afin de venir chercher une fleur rare et bien enracinée près d’un étendu d’eau poétique. Une fleur dont les pétales se divisaient en quatre nuances de rouge. Comme l’amour. Comme le danger. Comme le sang qui allait nécessairement couler.

Car cette fleur était vénéneuse. Et il venait de s’y piquer.

Il devait sentir l’intensité du poison qui avait commencé à couler dans ses veines. La putréfaction de ses principes qui l’amenaient toujours à prendre la fuite devant l’imprévu. L’atrophie de sa capacité à comprendre le cadre de sa relation aussi. Et, finalement, les sécrétions incessantes de smileys mal placés et de lettres d’amour aussi alcoolisées que pas assumées.

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Celui qui jouait le rôle de la victime dans cette histoire avait bien beau essayer d’appeler à l’aide, personne ne lui répondait. Toute l’aide possible s’était cachée derrière une carapace et n’en sortirait que si, lui, le prétendant au trône, osait faire un premier pas afin de cesser son agonie.

Et c’est ainsi que, n’ayant pas la force pour gérer pareil venin seul et espérant qu’ailleurs on saurait soigner ses blessures, il refit ce qu’il avait toujours fait : prendre la fuite en brandissant un drapeau blanc et des excuses bidons. Espérant qu’en retournant dans sa zone de confort, il pourrait y cultiver des illusions dans un sol moins acide. Blâmant les pétales qu’il n’avait pu arracher et prétextant que tout ça arrivait en raison d’un égoïsme latent.

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Et c’est pour lui prouver que je ne suis pas centré sur moi-même à ce point-là que ce texte est écrit à la troisième personne. Car il n’a pas besoin de moi pour générer un drame dans lequel il tient la vedette, mais personne ne peut nier que c’est plus amusant lorsque je suis présent.

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Charles Groleau

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