Tranche de vie – Tôt ou tard

Depuis que tu es célibataire, tu espères souvent recevoir un message extraordinaire d’un homme extraordinaire via les voies impénétrables d’internet. Une invitation spéciale pour une soirée spéciale avec quelqu’un de spécial, t’sais. Et bien, dernièrement, ton souhait a été à demi exaucé quand une de tes amies t’a écrit : « Cath, j’organise un party le 23 juillet. Il y aura le gars de Toronto et deux autres célibataires. Mets-toi cute! »

Le gars de Toronto, c’est le gars dont cette amie t’a parlé à Noël dernier. Elle t’avait dit à quel point elle te voyait avec lui. Elle t’avait dit qu’il serait peut-être présent au party du jour de l’An. Finalement, le 31 au soir, ce gars tant attendu n’était pas venu. Malgré ta déception, tu avais traversé la nouvelle année dans la joie, entourée de tes amis. N’empêche que vers 4h du matin, en retournant chez toi, tu avais ressenti un brin de découragement à l’égard de ta vie amoureuse (voir Mois de marde, Le grand méchant loup, Mauvaise langue)… Tu avais même eu une pensée pour ton ex. Que faisait-il, lui, pour son premier temps des Fêtes sans toi? Tu avais ensuite porté ton regard vers la pleine lune en soupirant : « Hey, me semble que j'aurais besoin d'un peu de sparkling, t'sais, d'une petite caresse pour mon cœur meurtri, d'une lueur d’espoir dans cet univers parfois sombre du célibat… ». Et là, tu n’inventes rien, mais un camion est passé devant toi et… c'était un camion de la compagnie du gars de Toronto! Wow! Jamais la vue d’un camion t’avait autant fait sourire! C’est donc avec ce sourire de championne et avec la croyance que l’homme de ta vie était en chemin que tu t’es endormie, le 1er janvier au matin.

Deux jours plus tard, malgré le Torontois, tu formulais le souhait de rencontrer l’Idéal, un homme sur qui tu fantasmais depuis plus d’un an (voir La marche). Mais après avoir échoué à le rencontrer, tu lâchais prise sur lui ainsi que sur l’amour en général, car voilà que tu étais emportée par ta révélation « ah ben, je veux être écrivaine! ». Ainsi, de février à juin, tu n’as aucunement pensé aux hommes et tu t’es dédiée à l’écriture. Et ce n’est qu’en juillet que l’amour est revenu te caresser l’esprit, grâce à trois événements précis :

1- Tu as dévoré en une journée le superbe roman d’amour Yamabuki de l’écrivaine québéco-japonaise Aki Shimazaki. Et tu as souhaité vivre une telle histoire.

yamabuki

Source: Renaud-Bray

 

2- Ton amie t’a invitée au party « Mets-toi cute pour un trio de célibataires ».

3- Tu as rencontré l’Idéal par hasard et tu lui as lancé une invitation complètement folle sur Facebook (voir La marche).

Les jours de juillet s’écoulaient, l’Idéal ne répondait toujours pas à ton invitation… Mais au fond de toi, tu gardais espoir. Oui, tu étais certaine qu’il te répondrait, tôt ou tard. D’où venait une telle confiance? Aucune idée! Elle était là, point. Tu la ressentais et elle te réjouissait, point. Cette confiance s’est décuplée lorsque, le 19 juillet au soir, tu allais marcher et que tu recroisais l’Idéal sur le même coin de rue que la fois précédente. Encore une fois, il était en vélo. Roulant à pleine vitesse, tu n’as pas pu lui parler. Mais tu as interprété ce nouvel hasard de la manière suivante : ouvre grands tes yeux, ma belle, car l’amour est en chemin… que ce soit à cheval, en camion ou en vélo! Et qu’il prenne le visage de l’Idéal, du Torontois ou d’un pur inconnu…

Le 22 juillet, la veille du fameux party, tu es allée magasiner. Pour être cute, t’sais. Tu es d’abord entrée dans un magasin de chaussures. À ta vue, la vendeuse s’est exclamée :

«Oh mon Dieu! Je pensais que c’était Selena Gomez!»

selena instagram

Source: Instagram

Bien sûr, les autres vendeurs et les clients se sont mis à te scruter et à dire que oui, tu avais des ressemblances avec la starlette. Gênée, tu as dit merci, mais…

– J’ai quelques années de plus que la belle Selena!
– Quel âge as-tu?
– 36.
– 36?!! T’as l’air de 22!
– Oui, je sais : 1 baby face + 5 pieds de haut = 10 ans de moins en apparence! Mais au fait, quel âge elle a, cette Selena?

La vendeuse a regardé sur son iphone.

– Miss Gomez est née le 22 juillet 1992 et a 24 ans… Mais dites, on n’est pas le 22 juillet aujourd’hui?

Tout le monde a ri.

La surprise « Gomez » passée, tu as expliqué que tu cherchais des sandales pour un party qui aurait lieu le lendemain, un party qui te rendait nerveuse, car tu y rencontrerais trois célibataires. La vendeuse t’a dit que tu n’avais pas à être nerveuse, parce que tu étais cute. Et elle a ajouté en riant que parmi les trois célibataires, tu trouverais sûrement chaussure à ton pied (ha ha, la bonne blague d’une vendeuse de souliers!). Elle t’a ensuite montré des sandales que tu n’aurais jamais regardées et… étonnamment, elles t’allaient à ravir! L’achat complété, le personnel t’a implorée de retourner les voir si ton party se transformait en conte de Cendrillon.

– Avec plaisir! Et s’il se transforme en histoire d’horreur, je reviendrai aussi. Parce que vous êtes aussi efficaces qu’une thérapie!

Tu es ensuite passée à la boutique de vêtements Aritzia et ça t’a coûté un bras parce que tout était trop beau et que tout t’allait trop bien. Bref, une journée de magasinage idéale pour recevoir des compliments et pour trouver plus que ce que tu espérais. Tu t’es donc couchée ce soir-là avec la conviction que le 23 juillet 2016, tu rencontrerais l’homme de ta vie. Rien de moins.

Le lendemain matin, tu sirotais ton thé en niaisant sur Facebook quand tu as reçu un message… Tu as regardé et… Ton cœur a cessé de battre parce que… Oh mon Dieu! C’était l’Idéal! Oui! C’était l’Idéal qui venait de te répondre! Tu répètes : l’Idéal venait de te répondre! Tu as fermé les yeux et tu les as rouverts, pour t’assurer que tu étais bel et bien éveillée. Oui, tu l’étais. Surexcitée, sans avoir encore lu son message, tu as fait les cents pas dans ton salon, en souriant, riant et criant comme une débile profonde. Tu t’es assise pour te calmer. Tu as pris trois grandes respirations : inspire, expire, inspire, expire, inspire, expire. Ok, c’est bon. Tu as pris le temps d’écrire ta gratitude pour sa réponse, qu’elle soit positive ou non. Dix minutes plus tard, tu osais enfin lire ce qu’il t’avait écrit et… il disait oui pour te rencontrer! Oui, l’Idéal te disait oui! Il te disait oui, oui, ouiii! Tu ne pouvais plus contenir ta joie! Oh mon Dieu! L’Idéal acceptait ton invitation! Il expliquait être désolé d’avoir pris autant de temps pour te répondre, qu’il s’était débranché de Facebook dernièrement, que… Oh mon Dieu! Il te disait oui! Tu n’en revenais tout simplement pas! Les trois célibataires du party perdaient soudainement tout intérêt. Et comme si la vie s’était arrangée avec le gars des vues, aucun d’eux ne s’est finalement présenté au party! Le message était clair : c’est l’Idéal ou c’est rien.

L’Idéal et toi, vous vous êtes donnés rendez-vous le 27 juillet, dans un bar près de chez lui… et près de chez toi. Car oui, vous êtes voisins. Non seulement vous êtes voisins, mais il habite à dix minutes de marche au nord de chez toi, sur la même rue que la tienne! Et dire que tu as ton ex qui habite à deux minutes de marche au sud de chez toi, sa cour donnant sur ta rue (voir Mois de marde)…

Jusqu’à votre rendez-vous, l’Idéal et toi vous vous êtes écrits. Beaucoup. Parfois jusqu’aux petites heures du matin. Comme des ados. Consciente que l’écriture peut parfois déformer la réalité, votre correspondance te laissait tout de même croire que vous alliez bien vous entendre. C’est donc fébrile, mais confiante que tu t’es présentée au rendez-vous (en te répétant intérieurement que tu ressemblais à Selena Gomez!). Quand tu es arrivée, l’Idéal était déjà là, assis près de la fenêtre. Avec ses beaux yeux bleus et son magnifique sourire, il t’a dit :

– Et puis, suis-je bien l’homme de la situation?
– Oh que si…

Non seulement il était l’homme de la situation, mais tu as su immédiatement en le voyant que ta tête, ton cœur et ton corps tout entier lui disaient OUI. Oui, en quelques secondes, tu as su qu’il était encore mieux que tout ce que tu avais pu imaginer. Et que la réalité dépassait de loin la fiction.

À suivre…