Ce n’est pas parce que la control freak que j’étais a ouvert la porte que je suis devenue control free et mon appart un open house. Ce n’est pas parce que je me lève chaque matin en disant : « Vas-y, la vie, balance-moi ce que tu veux! » que j’accepte tout en me fermant la gueule. Euh non! Car il y a une différence entre dire oui à la vie et dire oui à tout sans distinction. Dire oui à tout, ça sonne peut-être carpe diem, yolo et baba cool, mais à vrai dire, c’est faire preuve de rigidité… et d’un flagrant manque de jugement! Tout comme quelqu’un qui dit toujours non. Ainsi, depuis que j’ai ouvert la porte, j’apprends à être flexible en disant oui ou non selon les situations.

J’apprends donc à choisir. Parce que c'est ça l'affaire. Quand on accueille ce qui vient, on se trouve aux prises avec le défi suivant : choisir. Choisir parmi les invitations, les possibilités, les projets. Dire oui au yoga. Non à l’escalade. Oui au beau gars. Non au patron. C’est parfois affronter l’embarras du choix. Et l’embarras du choix, l’expression le dit, c’est embarrassant. Parce qu’il faut savoir ce qu’on veut. Pour savoir ce qu’on veut, il faut se connaître et connaître la direction qu’on désire donner à sa vie. Pour se connaître et connaître la direction qu’on désire donner à sa vie, il faut avoir vécu et avoir appris de ce vécu. Et finalement, pour avoir vécu et « appris de », il faut avoir ouvert la porte à la vie. Et nous voilà de retour à la case départ. Ce qui est déjà un excellent début.

Donc. Choisir. Dire oui ou non. Deux petits mots parfois lourds de conséquences. Car dire oui implique des engagements. Et dire non implique des deuils. Deuil de la chose non choisie… et deuil aussi de notre moi idéal, c’est-à-dire celui qui est toujours don ben willing et qui ne déçoit jamais personne. Un deuil difficile quand on souffre du syndrome « j’veux plaire à tout le monde ». Mais comment ne pas souffrir de ce syndrome alors que toute notre éducation est basée sur l’obéissance et la soumission aux choix des autres? Non mais. Soyons honnêtes : l’enfance n’est pas le paradis du choix. Et l’adolescence non plus. Du moins, un des premiers grands choix de notre vie concerne souvent notre programme d’études collégiales ou universitaires. En d’autres mots, notre carrière. Et entre « peu de choix » et « choisir sa carrière », il y a un écart assez important. Comme si, du jour au lendemain, on demandait à l’employé responsable des photocopies de choisir la direction de l’entreprise pour les cinq prochaines années!

Mais être adulte, c’est ça : faire des choix. Constamment. Et dans une société de consommation, cette habileté est d’une grande nécessité. Car tous les jours, on est devant mille et un choix : choisir l’article qu’on lira, le produit qu’on achètera, la cause qu’on défendra, le statut qu’on likera, la personne qu’on datera. Un moment donné, trop de choix, c’est comme pas assez. Alors pour se sortir de cette responsabilité, on choisit le non-choix. Ou on laisse les autres choisir pour nous. Ou encore, on ferme la porte à la vie et à son abondance en s’enfermant entre quatre murs et entre nos deux oreilles.

Par chance, le choix est parfois évident. Comme la fois où j’ai rencontré… appelons-le Y. Y est un pur inconnu qui m’a écrit sur Facebook. D’habitude, je ne réponds pas à ce genre de messages. Mais là, « parce que j’ai ouvert la porte à la vie », j’ai agi différemment. Alors j’ai répondu à Y et on s’est donné rendez-vous. Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé plus cute que sur ses photos. Super. Mais quand il a ouvert la bouche, les choses se sont vite gâtées… Car la première chose qu’il m’a dite est : « Julie? »

Wow. Le mauvais nom en guise d’introduction. Non mais… Wow. Sérieux? Dans toutes mes histoires de dating saugrenues, ça ne m’était jamais arrivé. JAMAIS. C’est que. Heille chose. Vérifie donc le prénom de la fille avant de te pointer au rendez-vous. C’EST LA BASE. Aucune habileté intellectuelle au-dessus de la moyenne n’est requise pour ça. Aucun diplôme. Un seul regret : je n’ai pas eu assez de couilles pour crisser mon camp drette-là. Shame on me. Mais j'ai tout de même sauvé mon honneur quand Y m’a réécrit pour un deuxième rendez-vous et que j’ai répondu un gros "NOM merci". J’sais pas s’il l’a pigée…

Blague à part, après cet épisode humiliant, j’ai vraiment eu envie de refermer la porte. Qui plus est, de m’acheter une nouvelle serrure et un puissant système d’alarme. Pour me tenir loin des mauvaises surprises que peut amener la vie et choisir moi-même une vie sans grandes surprises, repliée sur moi-même. Mais j’ai résisté à la tentation. Et j’ai laissé ma porte ouverte. Parce que je suis prête. Prête à traverser la vie. Et que la vie me traverse.

Joke_Oui_Non

Source: http://rigolotes.fr/img/

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