Tu as peut-être entendu parler de nous dans les médias, tu as peut-être même vu notre vidéo de sensibilisation ou notre campagne de photos sur Facebook : nous sommes la FIDEP, la Fédération des doctorant.e.s en psychologie du Québec. Nous sommes une association à but non-lucratif qui représente 1800 étudiants au doctorat en psychologie au Québec. L’année prochaine, nous, doctorant.e.s, boycottons notre internat. C’est quoi un internat? C’est la dernière année de la formation doctorale obligatoire pour devenir psychologue. Pendant cette année, nous travaillons à temps plein dans le réseau public à prodiguer des soins psychologiques. C’est quoi le problème? Nous ne sommes pas payé.e.s. Et nous sommes les seul.e.s en Amérique du Nord à ne pas l’être. Vite vite comme ça, ça ne te choque peut-être pas plus que ça. Mais si t’es game de rester avec moi pour 500 mots, je te garantis qu’à la fin, tu vas te dire « HEIN!?!»

Source: reactiongifs.com/

Si tu avais choisi de devenir psychologue, tu aurais eu tes raisons bien à toi, mais aussi des raisons qu’on entend souvent chez les futurs psys : un désir profond d’accueillir l’autre dans sa souffrance et de l’accompagner vers une vie plus satisfaisante, la volonté de soigner les troubles de santé mentale et de prendre soin de la personne derrière le trouble, sans jugement. Tu aurais eu un rêve et tu aurais été prête à t’engager dans un long parcours pour y parvenir.

Si tu avais choisi de devenir psychologue, tu aurais dû commencer par faire ton cégep sans trop niaiser : terminer ton DEC avec un rendement scolaire exceptionnel pour être admise dans un programme de baccalauréat de psychologie. Une fois admise au bac, tu aurais dû maintenir une moyenne proche de la perfection pendant 3 ans pour même espérer que ta candidature soit considérée pour entrer au doctorat. Mais étudier comme une forcenée n’aurait pas été suffisant : tu aurais eu besoin de faire de nombreuses heures de bénévolat dans des organismes de relation d’aide et dans des laboratoires de recherche. Déjà, on aurait commencé à t’habituer à travailler sans être payée. Et je te le dis tout de suite, ce n’aurait été qu’un début…

Si tu avais choisi de devenir psychologue, tu aurais tellement travaillé fort que tu aurais peut-être fini par être une des rares admises au doctorat en psychologie clinique ou en neuropsychologie (à l’Université de Montréal, seulement 14% des admis au baccalauréat réussissent à entrer au doctorat). Ravie, mais encore incrédule d’avoir réussi à entrer au doc, tu te serais vite rendu compte que ton horaire allait devenir surchargé et que le peu de vie sociale qu’il te restait après le bac allait prendre le bord. Entre une charge de cours à temps plein, ta thèse et les stages (700 heures minimum, pas payé encore une fois, mais c’est correct, t’es encore novice), tu aurais connu plus d’une semaine à travailler des 60-70 heures. Malgré tout ce travail, à moins d’avoir des parents ben généreux ou une bourse de recherche, tu aurais probablement fait partie des 43% de doctorantes endettées de plus de 30 000$ à la fin de leurs études. Tu te serais retrouvée à presque 30 ans, pas de char, pas de condo, pas d’enfants, et endettée de l’équivalent d’un gros cashdown. Tes amis t’auraient dit des affaires du genre « tu vas repayer ça vite quand tu vas être diplômée »…  tu aurais su pertinemment que ta dette va te suivre longtemps, car une jeune psy au public, ça gagne 50 000$ par année (pas 150 000$ comme les médecins, tsé les vrais docteurs là, pas ceux de la santé mentale).

Si tu avais choisi de devenir psychologue, à la fin de ton doctorat, on t’aurait obligée à travailler pendant un an à temps plein dans le réseau public pour 0$. On t’aurait demandé de faire de la psychothérapie ou des évaluations neuropsychologiques auprès de Québécois.e.s sans recevoir de salaire. Après 7 années d’études universitaires, on t’aurait dit que ton expertise, ton travail, ça vaut rien.

Si tu avais choisi de devenir psychologue, tu aurais fait le plus beau métier du monde, mais ça t’aurait coûté cher en maudit.

Croyez-moi, les futurs psychologues ont travaillé très fort pour prendre soin de la santé mentale des Québécois.e.s. On demande juste ça, prodiguer des soins psychologiques dans le réseau public (et enfin finir notre éternelle formation). On ne boycotte pas de gaieté de cœur, on boycotte parce que ça va faire, l’exploitation des internes en psychologie au Québec.

Source: themarysue.com

Maintenant que le “HEIN!?” est partout sur ta face, il y a des actions que tu peux prendre pour que ça change:

  1. Signer note pétition
  2. Liker et partager notre page Facebook
  3. Venir au Grand rassemblement #FIDEP20mai

*** Le féminin a été employé pour la majeure partie du texte dans le but d’alléger la lecture et de représenter avec justesse que la grande majorité des doctorant.e.s en psychologie sont des femmes. La féministe en moi a même envie de te demander si c’est un simple hasard, selon toi, qu’une telle injustice soit tolérée depuis plus de 10 ans dans une profession majoritairement féminine.

Fannie Carrier Emond

Doctorante en psychologie clinique, recherche et intervention

Responsable des communications et de la mobilisation

Fédération interuniversitaire des doctorant.e.s en psychologie (FIDEP)

Lisa Hudon

Doctorante en psychologie à l’Université Laval et représentante FIDEP

fidep.org

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