On est malades en gang

J’ai dû recommencer cet article au moins 100 fois. Et je ne compte pas le nombre de fois que j’ai changé de titre. Je ne savais pas comment aborder le sujet sans choquer quelqu’un ou en froisser un autre. Je ne savais pas comment en parler avec sensibilité sans tomber dans le mélodrame. Je choisit donc de parler au «je», parce que c’est un blogue et que c’est sa vocation. L’idée de cet article est venue d’un courriel que j’ai reçu de l’ANEB (Anorexie et Boulimie Québec) qui a des difficultés financières et qui appelait à une mobilisation de la communauté pour les aider à amasser les 120 000 $ manquant pour continuer d’aider les personnes souffrant de troubles alimentaires et leurs proches (je vous invite à donner généreusement ICI). Donner c’est bien. Ça va aider plusieurs personnes et c’est nécessaire. Mais il faut aussi parler de ce problème dont on ne parle jamais assez.

Certes, entre filles, on parle (trop) souvent de notre poids, mais de manière tordue à presque chaque reprise. Et j’en suis le meilleur exemple. Bien que je pense véhiculer l’image d’un corps sain (ni trop gros, ni trop mince) auquel les filles peuvent s’associer, je ressens cette pression sociale que nous avons toutes de perdre du poids. Comme si c’était un concours. Comme tant de filles, je me pèse parfois et je suis déçue de moi-même. Mais c’est ridicule! Je SAIS que je ne suis pas grosse, en même temps je SAIS que je pourrais être plus mince. Comme plusieurs filles, même si je SAIS que je pourrais perdre du poids de façon saine et équilibrée, par phase, cette pression sociale m’enlève l’envie de manger (dans mes rêves les plus fous, j’aimerais que mon appétit diminue) et je me félicite quand j’arrive à moins manger et je trouve génial de voir les chiffres de la balance diminuer même si j’ai mal à la tête tous les jours. Ça, c’est être un peu malade, non? Du bon côté, depuis quelques années, je suis consciente que ma perception de la beauté est affectée par celle que véhicule le monde de la mode et des célébrités. Donc, je me ressaisis assez vite, je mets mes souliers de course et je cours mes graisses pour perdre tout le bacon que je mange de manière santé. Bref, je suis une fille normale.

Filles: on a toutes une amie qui nous fait peur parce qu’elle est grosse comme un pou et qu’on ne la voit jamais manger autre chose que des mini portions de salades, non? Est-ce normal qu’on ait TOUS quelqu’un comme ça dans notre entourage (ou presque), je ne crois pas. Plus jeune, j’avais du mal à comprendre ces filles qui voulait à tout prix être maigre. Le sport était toute ma vie. J’aimais mes muscles et mon corps qui me supportait. Puis j’ai eu un déclic: les garçons me trouvaient moins mignonne. J’avais quinze ans. Je voulais plaire. J’ai coupé de moitié mes assiettes au souper. Subtilement. Mes parents ne le voyaient pas. Et j’ai commencé à boire beaucoup d’eau pour me sentir pleine tout le temps (parce que je suis une gourmande). Vite, je me suis ressaisie parce que la natation était toute ma vie et que ce type de mode de vie nuisait à mes temps en compétition. À 20 ans, je ne nageais plus. Et le même manège à recommencer. Mais là, je sautais des repas. Je dînais avec un fruit seulement. À l’époque je faisais un stage à Radio-Canada en recherche et souvent, je me sauvais sur l’heure du dîner pour que les autres ne remarquent pas que je ne mangeais pas. J’ai perdu du poids. Rien d’alarmant (je n’ai jamais été maigre), mais assez pour que les compliments sur ma nouvelle silhouette commencent à fuser. Même au sein de ma famille. Ça me rendait heureuse. Je fréquentais un sportif qui trouvait même cela plutôt joli. Mais les maux de tête allaient de mal en pis. Et j’ai pris de conscience que ma perception de la beauté et ma quête de la minceur pourraient devenir une maladie si je continuais à nourrir cette obsession. Et j’ai recommencé à manger par moi-même.

Je suis chanceuse, je ne me suis pas rendue au point de non-retour. Aujourd’hui, à 25 ans, je vis très bien avec mon corps. Oui, je capote parfois et mes meilleures amies comme Viv le savent. Mais j’ai un mode de vie sain. Je mange, je bois, je fais du sport et je suis heureuse. Mon ti-gras de bedon, je le vis bien et j’ai la chance d’avoir un amoureux qui m’aime comme je suis tout en m’invitant à faire du sport avec lui. Mais ce n’est pas la chance de tout le monde. Certaines personnes n’ont pas cette chance. Certaines personnes vivent au quotidien avec l’anorexie et ont besoin d’aide. Je ne pense pas qu’un article sur mon histoire peut nécessairement faire une grande différence, mais c’est la meilleure manière que j’ai trouvée d’aborder ce problème qui touche tant de jeunes filles et dont il faut continuer de parler dans le monde de la mode. Il y avait eu une vague il y a quelques années lors de la sortie de La Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, mais le combat n’est pas gagné. Il faut continuer d’en parler et continuer d’aider les filles qui ont besoin de soutien pour s’en sortir.

PS L’ANEB est aussi à la recherche de lettres d’appui qui expliquent les raisons pour lesquelles elle offre un service essentiel. Ces lettres s’inscrivent dans une démarche pour une rencontre éventuelle avec le gouvernement, afin d’obtenir un financement récurrent plus important. Il faut envoyer les lettres à cette adresse courriel: info@anebquebec.com  si vous voulez en écrire une.

Pin It