Style de vie

Du haut de mes 22 ans, j’ai longtemps renié mes origines et encore aujourd’hui, j’arrive de peine et de misère à affirmer que je viens de Sorel-Tracy. Ouais, une real, born and raised, comme on dit. À vrai dire, je m’en sers plutôt comme gag, comme façon de créer de l’autodérision autour de mon existence. « D’où viens-tu? / De Sorel / Hahaha, ah non, pas Sorel-Tracy!? » À vrai dire, je me suis habituée en quittant cette douce banlieue à ce que les gens de l’extérieur rigolent lorsqu’ils entendent ce nom. Ils n’ont pas tort, Sorel-Tracy a de quoi à se faire taquiner un peu.

Alors je me gâte ce matin et je rédige, pour vous, une liste d’attributs propres au fameux bout de la 30 :

Les anges à moto

Le palace des Hells Angels. Tant qu’à commencer une énumération, on va débuter avec la chose la plus évidente! Non, notre vie n’est pas quotidiennement en danger. Non, il n’y a pas de bagarre sur tous les coins de rue. On n’est pas dans 8 Mile non plus. Tu n’auras pas de problème, à moins d’essayer d’intégrer le commerce des drogues. Là, t’es mieux de courir vite ou d’appeler l’ami du gars du cousin de ton frère, qui habite aussi à Sorel, pour te sortir de l’embarras au PC! Mon conseil : va faire ton trafic ailleurs, un peu plus loin, comme à Varennes, admettons…

L’accent distinctif

À défaut de ne pas dire « bleuat » comme les Saguenéens, on roule nos R comme on roule des pelles. Tu places la communauté hispanique à côté de nous et tu n’entends même pas la différence! Et tant qu’à parler langage : les si ne mangent officiellement pas les rais à Sorel-Tracy et les « y jousent » résonnent autant dans la ville que les bruits de moteurs.

Les petits bums et l’école

Les deux écoles secondaires ressemblent étrangement à des prisons, ce qui est paradoxal, car 15% des étudiants les quittent avant la fin de leur sentence (un taux s’étant nettement amélioré, par chance!). Pour ce qui est du climat interne, Mean Girls aurait presque pu s’en inspirer pour créer sa hiérarchie et ses divisions stéréotypées de cliques. Popularité et intimidation : un classique à FL!

La destinée prévisible

En ce qui concerne les carrières, le chemin de tous les habitants est déjà tracé et inévitablement genré : les hommes travaillent dans la construction ou deviennent des bons gars de shop, tandis que les filles deviennent coiffeuses ou infirmières. Ceci étant dit, c’est une superbe nouvelle pour les générations à venir: ville en santé, tant dans leur corps que dans leurs architectures! Et de manière générale, les objectifs d’une vie sont de finir son secondaire, de s’acheter une maison avec son/sa partenaire et d’élever son chien, en prenant bien soin de réserver son voyage annuel dans le sud.

Source image: Magazine Sorel-Tracy

Mieux vaut en rire qu’en pleurer, non? Après tout, ça donne un charme de venir d’un coin où le Survenant aurait probablement pu y séjourné. En plus, le centre-ville a tout de même un côté un peu charmeur, surtout les vendredis soir. Tu t’y promènes et tu y rencontres les mille et un visages familiers, en sachant fort bien qu’ils perçoivent tous la ville exactement de cette façon. Le sentiment d’appartenance est fort, même si la distance aide inévitablement à ouvrir son esprit.

Source image: Tourisme Sorel-Tracy 

Cependant, on ne peut parler de Sorel-Tracy sans vanter sa quiétude: les petits vieux se tiennent tranquilles et, considérant que c’est une population vieillissante, la ville est de tout repos. La nature abonde et j’irais même jusqu’à dire que certains coins sont paradisiaques avec leurs étendues d’eau, leurs arbres et leurs activités en plein air. C’est aussi le répit auditif qu’il me faut après des semaines passées à m’endormir sous le vacarme des Klaxons, grâce à ma fenêtre donnant sur l’entrée du pont Jacques-Cartier. Je peux aussi affirmer que mes poumons s’éclaircissent un instant sans la poussière de la métropole.

Source image: Tourisme Sorel-Tracy

Sorel, je t’ai profondément haï, mais j’aimerais que tu me pardonnes. Au fond, je t’aime peut-être un peu plus que ce que je laisse paraître …

Source image principale: Tourisme Sorel-Tracy

Un article de
Laurence Lemay-Joyal's Avatar
Laurence Lemay-Joyal

Le Cahier a la chance de compter sur une équipe de collaborateurs spontanés. Pour en faire partie, écrivez-nous à [email protected]!

Mes articles 
Articles suivants
Article Featured Image

L’acné, du point de vue d’un gars