Style de vie

Quand une célébrité meurt, on dirait que tout le monde a eu un lien de proximité avec son art, quel qu’il soit. On dirait que tout d’un coup, c’était le chanteur, l’acteur ou le peintre de toute une génération. Tout d’un coup, Facebook, Twitter et Instagram s’enflamment. Quand j’ai su que Chester Bennington était mort en se suicidant, j’ai hésité quelques minutes avant d’écrire quelque chose sur les réseaux sociaux. Tout d’abord parce que je me disais que j’allais faire partie de cette troupe qui écrit deux lignes sur ses souvenirs, mais aussi parce qu’il s’est suicidé. J’avais du mal à écrire tout en sachant ceci, à parler de moi, de ma relation avec la musique créée par Bennington, alors qu’il a dû souffrir horriblement avant de s’enlever la vie. Si vous ou un proche ayant un besoin d’aide, n’hésitez pas à contacter Suicide Action Montréal juste ICI.  Mais j’ai publié sur Facebook. Et maintenant ici. Parce que la mort de Chester Bennington m’a fait écouter ses chansons en boucle depuis une heure, me rappelant pourquoi je les aimais tant, mais surtout comment elles m’ont transformée.

Linkin Park est apparu dans ma vie à l’adolescence, à ce moment où on est fragile, où notre personnalité se forme et où on sent souvent que personne ne nous comprend. Étrangement, les mots des chansons parlaient à ces ados qui étaient fâchés d’être seuls, différents ou juste de ne pas être ce qu’ils voudraient. En vieillissant, on réalise vite que c’était l’apanage de la plupart des ados, peu importe s’ils étaient les plus populaires ou non. À cet âge, on cherche souvent des réponses en vain. Linkin Park a parlé à plusieurs personnes de ma génération et c’est pourquoi aujourd’hui ça brise le coeur de plusieurs personnes de savoir que celui dont les mots et la voix nous ont tant guidés lors de moments sombres est mort.

***

Laissez-moi vous raconter un peu mes histoires…

Quand Hybrid Theory est sorti, en 2000, j’étais en 2e secondaire. Ma vie me semblait moins rose qu’aujourd’hui. Au secondaire, je n’étais pas une fille populaire, loin de là. Toutefois, j’avais la chance d’être dans une école où on me laissait tranquille. Je dinais donc parfois seule, mais au moins, on ne m’agaçait pas trop. Matins et soirs, j’allais à la piscine pour nager. La natation me faisait du bien: je me défonçais physiquement. Même à la piscine, je ne faisais pas partie de ce qu’on appelait « les cool ». J’étais une nageuse rapide, mais j’avais peu d’amis. Je disais toujours à qui voulait bien l’entendre ou me le demandait que ça ne me dérangeait pas, que je savais que j’étais un peu différente sans comprendre pourquoi et que ça m’allait. Mais le soir, dans ma chambre, il m’arrivait de pleurer. Je me souviens de comment Linkin Park est entré dans ma vie. À la piscine, quelqu’un avait apporté le CD. On avait parfois une radio sur le bord de la piscine et on mettait des CD pendant l’entraînement pour nous motiver quand notre tête était hors de l’eau. J’ai eu un petit coup de foudre. J’ai demandé le CD à mon père (et je l’ai encore). Après, c’était le CD qui jouait sans cesse dans mes oreilles: dans le bus vers l’école, quand je marchais pour revenir de la piscine le soir et j’en passe. Je me souviens d’un soir où je marchais vers la maison après un gros entraînement. D’autres jeunes avaient ri de moi. Je ne me souviens plus trop pourquoi. Et j’ai écouté, une fois de plus Hybrid Theory, In the End pour être précise et je me suis mise à pleurer. Les paroles me touchaient. Elle venait me dire que ça ne changeait rien, que ça allait aller. C’est devenu cet album qui me faisait sentir bien, qui me faisait sentir forte. Je connaissais les paroles de Crawling par coeur. J’avais l’impression que le CD me parlait à moi. Quand je sentais que le monde entier était contre moi – ça fait partie de l’adolescence se sentir ainsi, non? – j’écoutais le CD, je serrais les dents et ça passait.

2003. Je suis maintenant vers la fin de mon secondaire. Numb paraît, cette chanson qui semblait encore une fois raconter ce que je vivais. J’étais toujours aussi malhabile socialement, je voulais plaire, je ne comprenais pas comment et souvent, je finissais un peu dans mon coin. Je trouvais cela plus facile parfois d’être un peu seule. Entre Noël et le Jour de l’An, lors d’un camp d’entraînement de natation, je ne me souviens plus pourquoi, mais vraiment, malgré mes bons résultats en piscine, je sentais que je ne faisais pas partie du groupe, même si j’essayais de toutes les manières. J’étais allée me coucher dans mon petit lit de dortoir et je me souviens avoir laissé Numb jouer en boucle jusqu’à ce que je dorme.

***

Ce ne sont que deux exemples de ma vie à moi. Mais je sais que ça raconte un peu l’histoire de plusieurs fans du groupe. Je connais les paroles de presque toutes leurs chansons par coeur et je vais continuer de mettre leur musique quand j’ai de la peine. Parce que ça me fait du bien. Je vais continuer de chanter leurs chansons au Karaoké. Et j’aurais vraiment aimé les voir au Centre Bell en août.

Merci Chester Bennington, merci Linkin Park, votre musique m’a fait et me fait encore du bien.

– écrit par la Camille ado… et celle adulte

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Camille Dg
Fondatrice & Rédactrice en chef

Camille est la fondatrice du site. Jeune femme qui carbure aux projets, un défi n'attend pas l'autre. Camille est une véritable globe-trotter qui quitte le...

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