Faits Vécus

Du plus loin que je me souvienne, je souris aux inconnus. Je ne sais plus trop pourquoi, est ce que c’est ma mère qui m’a inculqué de très sages valeurs ? Est ce que ce sont les paroles de la mère de Mousseline et Caillou qui ont porté fruit? Ou était-ce la morale de l’une des fables de Lafontaine ? Je ne sais plus. Mais je le fais. Presque toujours. Il m’arrive tout de même de passer de mauvaises journées où je n’ai pas la force de trouver la joie en moi. Il y a même des journées où je déteste la terre entière, sans raison particulière. Dans ces moments-là, je ferais mieux de rester chez moi, car je n’apporte rien à personne ; les gens souriants m’agressent avec leur joie de vivre et j’ai envie de lancer ma bouteille d’eau sur tous ces gens heureux.

Mais il y a aussi de ces matins où les sourires qui me sont destinés sont une preuve d’espoir, d’acceptation et sont l’équivalent d’un rayon de soleil, que ma journée ait bien ou mal commencé.

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Dernièrement, j’ai eu la preuve de l’impact direct qu’a pu avoir mon sourire, chose assez rare. Ce sourire qui peut vouloir dire tellement de choses. Cette journée-là, il a donné la force à un homme de vouloir continuer à vivre. Un homme qui a pourtant un charme fou, une intelligence digne d’Einstein (ou presque), une carrière florissante, une famille, la beauté d’un mannequin, pour vrai, il a tout. Pour faire une histoire courte, même si cela pourrait être l’histoire de toute une vie ; le copain de l’une de mes très bonnes amies n’avait pas eu un comportement exemplaire (c’est l’homme dont il est question). Ils étaient ensemble depuis trois ans, je le connaissais depuis ce temps, je l’aimais bien, il me faisait beaucoup rire, j’adorais sa présence. Mais après ses agissements non exemplaires, bien entendu je ne savais plus trop quoi penser de lui. Et c’est une réaction très normale, on se dit tous : « Ah le sale, il a fait de la peine à mon amie, maudit trou de cul ».

Puis je l’ai revu, et ça a tombé le jour même où j’ai appris tout ce qu’il avait fait à mon amie. Ce soir-là, il est venu au resto où je travaille. En le voyant, je me suis dit « Eh merde. J’ai aucune idée de comment je dois agir ». Pendant environ une heure, j’ai fait comme s’il n’était pas là, en évitant de croiser son regard. Puis après, je me suis dit qu’il restait la personne qu’il était, la personne que j’aimais voir à nos soirées. Alors d’un pas chambranlant, en jouant avec mes mains parce que je n’avais aucune idée de comment bouger pour avoir l’air normale, j’ai marché jusqu’à lui en lui souriant. Mais ce n’était pas un gros sourire. C’était un sourire avec les coins qui baissent un peu, avec les yeux qui sont plus grands au lieu d’être plus petits. Des yeux dans lesquels il pouvait lire « Tu as mal agi. Tu m’as déçue. Mais je sais que tu souffres aussi ».

Je lui ai simplement demandé comment il allait, en connaissant déjà la réponse. Et il n’a pas été capable de prononcer un seul mot. Ses yeux à lui aussi se sont ouverts. Mais ses lèvres, au lieu d’avoir un petit sourire étrange comme moi, elles se sont mises à trembler, et à se serrer, puis ses yeux se sont mis à couler. Il a finalement prononcé merci. Il est resté comme ça quelques minutes, à n’être capable de parler qu’avec ses yeux, ses lèvres n’étant capables d’articuler que le mot merci. Puis il est parti rejoindre son ami au bar. Et moi j’ai continué à travailler sans aller le revoir cette soirée là.

Les semaines et les mois ont passés. Pendant ce temps il a croisé plusieurs de nos camarades, qui l’ont tous complètement ignoré, comme si ses agissements faisaient de lui quelqu’un qui ne mérite même plus un regard. Après un temps, mon amie a eu la force de lui pardonner, puis ils sont redevenus un couple.

Laissez-moi vous dire que tout ceux qui l’avaient ignoré et l’avaient considéré comme étant le diable n’ont pas trop su comment réagir. Mais ce n’est pas pour cette raison que j’écris ce texte. Je l’écris pour souligner l’impact que peut avoir un sourire. Cela fait maintenant plus d’un an que tous ces épisodes se sont produits. Et récemment, un après-midi banal où nous parlions assis dans l’herbe, il m’a appris qu’il avait prévu se suicider l’an dernier. Il avait son plan, ils avaient les détails. Il croyait qu’il ne méritait plus de vivre. Et cet après-midi-là, avec les rayons du soleil qui faisaient scintiller les larmes qui nous emplissaient les yeux, il m’a dit « C’est à cause de toi que je ne l’ai pas fait, à cause de la journée où tu es venu me sourire ».

 

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