De nos jours, pour plusieurs, le voyage est une réalité autant qu’un rêve. On dirait que dans l’époque où l’on vit, tout paraît possible. Avec plus ou moins d’argent et un sac sur les épaules, plusieurs jeunes et moins jeunes sillonnent les routes du monde. Moi la première, j’en rêve. Je rêve de partir un de ces jours, visiter la Thaïlande, la Grèce, le Pérou, et j’en passe. Je vois circuler sur les réseaux sociaux des centaines de publicités et de photos de gens que je connais qui sont en voyage et qui donnent encore plus le goût de remplir son sac à dos, mettre ses running shoes et partir. J’ai fait peu de voyages jusqu’à maintenant, mais assez pour m’avoir donné la piqûre de ne pas m’arrêter maintenant. Par contre, comme pour le reste, il y beaucoup de points qu’on oublie ou auxquels on ne songe pas quand on rêve de partir ou qu’on prévoit un séjour quelque part. On voit ce qui nous fait rêver, mais on oublie ce qui se cache derrière les jolies photos des backpackers devant Big Ben ou le Machu Picchu.

Les sacrifices

La génération dans laquelle on se trouve a une mentalité qui se tourne pas mal vers le «Quand tu veux, tu peux!» On voit sur les réseaux sociaux des citations du genre «When in doubt, travel» (quand tu es dans le doute, pars en voyage!) ou «Voyager, c’est vivre!» Ne me méprenez pas, je suis d’accord avec le fait que de voyager c’est de grandir, que ça te change, que c’est de profiter de la vie au maximum, que c’est possible si on met la main à la pâte. Mais justement, c’est ce que beaucoup de citations, photos, gens, omettent de mentionner. Le pré-départ est une étape importante. Voyager n’est pas «gratuit». Ceux qui s’envolent vers les plus belles destinations, à moins d’avoir un bon coussin dans leur compte de banque et des qualités d’aventuriers d’avance, ont dû mettre beaucoup d’efforts dans la préparation et la collecte d’argent pour leur voyage. Il faut savoir gérer un budget, se limiter dans ses dépenses et s’organiser un tant soit peu. Je parie que la fille que tu vois partir en voyage quelques fois par année s’empêche plusieurs fois de sortir au restaurant avec ses amis, de s’acheter le nouveau bomber chez Zara ou de se payer un frappucino en passant devant chez Starbucks. Tsé, l’argent ne tombe du ciel pour personne (ou presque). Ce n’est pas un coup de chance, mais une façon de faire ses choix. On ne peut pas tout faire en même temps, on a juste deux bras et deux jambes après tout.

Avant de partir dans un pays qui parle une langue différente, il faut s’y familiariser au moins un peu, être au courant du code vestimentaire du pays, des lois qui sont différentes et qui peuvent paraître illogiques au premier regard mais qu’on se doit de respecter, des «attrapes-touristes» qui peuvent en mettre certains dans le pétrin, du coût de la vie pour préparer son budget, etc. Malgré qu’un voyage sac à dos où on se promène entre les auberges de jeunesse et les divans d’hôtes de couchsurfing n’est pas le voyage le plus dispendieux, rien n’est gratuit. La préparation fait, selon moi, partie du voyage en tant que tel et le rend plus beau, mais il faut s’y mettre pour que le projet voit le jour. Aucun voyage ne s’est concrétisé à partir de «si». Bien sûr, l’attitude du «fais juste partir» est motivante parce qu’elle permet d’avoir un sentiment que tout est possible, mais le possible est atteignable par les efforts et la motivation à atteindre un but. On voit et entend souvent des choses du genre «AH, t’es tellement chanceuse de pouvoir faire tout ça!» ou «Comment elle fait pour partir en voyage si longtemps/souvent?». En fait, bien honnêtement, peu de voyages sont causés par la «chance» comme on dit des gens qui parcourent le monde, mais par le travail et beaucoup de sacrifices.

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Le côté moins «glamour»

Quand tu pars en voyage sac à dos, tu sais déjà que tu ne seras pas à ton summum du confort. C’est ce qui est plaisant, parce que sortir de tes habitudes, c’est ce qui te fait grandir. Et après tout, pour dormir, qui a besoin de plus qu’un lit? Certains ne sont pas prêts ou même à l’aise à vivre ce genre de situation. Il faut y penser avant de se lancer dans un tel projet.

Personnellement, j’ai quelque fois surestimé mes capacités d’adaptation, je ne vais pas me le cacher; mon premier voyage était d’aller en Équateur avec un groupe du CÉGEP dans un contexte de solidarité internationale. Avant de partir, j’étais déçue de ne pas dormir dans des familles d’accueil, mais plutôt avec mes collègues dans une belle petite «auberge» pour les groupes comme nous. Je voulais vivre la vie quotidienne des gens là-bas. Et bien finalement, croyez-moi, après les journées de travail ou d’ascension dans les montagnes, j’étais bien contente d’avoir un lit et d’être tranquille dans la petite auberge à travers la forêt, avec toute la petite gang et de manger trois bons repas locaux par jour. Aujourd’hui, j’aimerais vivre l’expérience d’être complètement en immersion dans une culture, de vivre comme eux et avec eux. Mais comme première expérience de voyage, c’était déjà toute une nouveauté pour moi, j’étais bien contente, finalement, d’y avoir été graduellement. Il faut connaître ses limites!

En plus, comme le budget est souvent une question existentielle quand vient le temps de s’envoler vers sa destination, il faut passer par différents moyens pour sauver de l’argent. Par exemple, faire un voyage quatre fois plus long en autobus qu’en train, parce que les billets d’autobus étaient beaucoup moins chers, ce qui veut dire qu’on perd plus de temps entre le point A et le point B. D’autres fois, on loue un AIRBNB qui avait l’air bien confortable sur les images, mais qui dans la réalité vient en prime avec un «coloc» plus ou moins accueillant, une chambre qui sent le renfermé et un quartier qui donne un p’tit peu froid dans le dos (les commentaires de gens ayant loué le même appartement peuvent parfois être trompeurs, croyez-le ou non). Pis des fois, quand on est fatigué, que ça fait quelques jours qu’on ne mange pas autant qu’à l’habitude, qu’on dort dans un endroit où le lit et le plancher ont pas mal le même niveau de confort, où la cuisine dans laquelle tu dois manger ne remporterait pas la meilleure note de la MAPAQ pour la salubrité alimentaire, tout nous tombe plus sur les nerfs. Il est donc fortement possible que tes compagnons de voyage subissent ton humeur du lundi matin même si ce n’est pas lundi. On reste tout de même des humains et ça se peut que le stress et le manque de sommeil prennent le dessus. Il ne faut pas en vouloir à celui qui se lève du pied gauche, on vit tous les expériences différemment et chaque chose peut atteindre les gens d’une différence façon. En gros, ça fait partie de l’expérience, loin d’être négatif que d’être confronté parfois à l’imprévu et à sortir de sa zone de confort, tant qu’il n’y ait pas de danger pour sa vie. Sauf qu’il faut que le type de voyage et tes limites soient pris en compte avant de faire scanner ton billet et d’enregistrer tes bagages à l’aéroport.

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Les apprentissages et l’acceptation

Quand tu voyages, il y a toujours quelque chose à retenir de la culture, des coutumes, de la façon d’être des gens, de la nourriture, etc. C’est certain que si tu t’envoles vers un tout-inclus direction Mexique, c’est une autre histoire. Mais il est toujours possible de sortir des murs du complexe et d’aller découvrir un peu plus loin. Il faut que tu te laisses la possibilité d’avoir l’esprit ouvert, le jugement rangé dans un autre coin de ta tête. On ne peut pas tout accepter, tout croire bon ou ne pas être outré de certaines façon de faire. On reste nous même, même si nos pieds se trouvent ailleurs que dans notre petit chez nous. Si on se dirige vers un autre pays que le nôtre, il faut être capable de se dire que ces gens ont grandi dans une tout autre réalité, même si on se trouve sur le même continent, même si on va seulement visiter une province du Canada. Oui, le choc est moins grand, mais tout de même, il ne faut pas oublier qu’on a grandi dans une culture parmi des millions d’autres. Tout le monde croit que c’est un acquis, quelque chose de déjà logique d’avance, mais quand on arrive face à une situation parfois les émotions ou le jugements peuvent prendre le dessus plus vite qu’on le pense. C’est quelque chose à travailler. L’esprit ouvert est un laisser-aller nécessaire pour bien en profiter et pour en ressortir grandi.

Le voyage est un des plaisirs que la vie peut nous offrir. Il nous vide parfois de notre énergie, fait monter notre niveau de stress et nous pousse au-delà de nos limites. Il permet de découvrir ce qui se passe autour ou plus loin, il nous permet de se créer des souvenirs, de rencontrer des gens merveilleux, d’apprendre ailleurs qu’entre quatre murs de briques, de grandir à travers différentes expériences qu’il nous aurait été impossible de vivre si on ne s’était pas donné la «chance». Chaque imprévu, p’tit problème, questionnements nous font avancer en tant que personne et bonifient ce qu’il est possible de tirer d’un itinéraire qui dévie un peu du plan initial. Et après tout, ce sont des moments les plus spontanés et des décisions les plus loufoques desquels ressortent les meilleurs souvenirs et anecdotes et qui rendent chacun de nos voyages «parfaits» dans toutes leurs imperfections.

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