Je suis une méchante personne, mais il le méritait

J’aurais adoré commencer mon texte avec une phrase du genre : « Cette histoire est arrivée à l’ami d’un de mes amis », comme dans l’émission Frisson avec l’asticot dégueulasse et le genre de coquerelle de fond de backstore d’un restaurant crade, mais non. Parce que c’est vrai. Mon histoire est réelle comme l’amour d’une mère pour ses brassées de lavage le dimanche matin, pis encore aujourd’hui, je la raconte de temps en temps sur le bord d’une table collante de bière pour faire rire mes amis.

Ça va comme suit.

Automne 2014. J’habite enfin dans mon premier appartement à Montréal depuis que j’ai quitté l’ancien qui se trouvait dans ma petite ville des Canton-de-l ’Est. Bon ok, j’ai déménagé à fucking Lasalle mais j’aimais tout de même mieux me taper 1000 heures de transport en commun qu’un autre samedi soir à me promener dans les rues sombres et désertes de ce trou fantôme (sorry mom) en espérant, une fois de plus, un miracle de Noël en juillet.  

J’avais rencontré une fille ben cool qui me louait une chambre dans son beau quatre et demi meublé neuf tout près de la piste cyclable qui longeait le fleuve Saint-Laurent et du parc Angrignon, qui me rappelait la campagne de mes souvenirs d’enfances. Ça me rassurait un peu. Tout allait bien jusque-là, je travaillais à la garderie et elle, elle étudiait. On ne se voyait pas souvent et c’était correct comme ça.

J’avais la paix et mon intimité, et quand elle était là, on parlait de gars et on riait ensemble.

Jusqu’au jour où elle a rencontré l’homme de sa vie et a décidé de sacrer son camp sur un coup de tête avec ses meubles, (c’est-à-dire tout sur quoi je peux m’assoir), me laissant de marde avec mon bureau, mon lit, pis mon verre en plastique de Carmen Campagne.

Je faisais Bougon pas à peu près, mais heureusement, une vieille connaissance tombée du ciel (ou pas) se cherchait lui aussi une chambre pour venir étudier ici et comme j’étais sans ressources et sans le sou, je lui ai dit de venir habiter avec moi MAIS sous les conditions ci-dessous.

– Pas de party la semaine
– Pas d’amis qui décollent pu
– Si tu fourres, j’veux pas t’entendre

Il a dit oui, en me promettant de respecter mes règles, et de mon côté, je l’ai aidé à transporter ses meubles laites (*vintage) trop lourds pour moi en supportant le regard désapprobateur de son père qui devait se dire « ça va mal tourner cette histoire-là ». Mais je m’en crissais, j’avais un nouveau coloc pour payer le loyer et le reste me semblait superficiel, well… pour le moment.

Au début, tout était parfait, on se faisait des soupers ensemble, on riait, on sortait, on avait du fun.

Jusqu’à temps qu’il se trouve une job dans un restaurant pis qu’il se fasse des amis.

La première fois que je les ai rencontrés, c’était en revenant de travailler, un mardi, pendant que je prenais mon bain tranquillement.

Ouin, j’avais oublié de barrer ma porte.

Malheureusement, j’aurais dû penser à barrer aussi celle de l’entrée parce qu’après leur première visite, ils sont plus ou moins jamais repartis.

Exactement comme ces punaises de lit qui surplombent les matelas de notre chère métropole, excepté que dans mon histoire, le matelas, c’est mon salon, et les punaises sont des gringalets de 20 ans qui écoutent de la musique de robot sous un nuage d’herbe hydroponique.

Et telle est la caractéristique principale de cette espèce hétéroptère, criss, ils se multipliaient de jours en jours. 

Don’t know how, mais j’étais rendue l’accueil Bonneau de la génération XY.

Tous les soirs, je devais me forcer pour leur sourire, être sympathique, m’interdire toute forme de sarcasme pour rester polie, maîtriser la colère que cela m’apportait et, le pire: garder ma brassière en arrivant chez moi. 

L’enfer.

noemie photo

Mais en même temps, je voulais pas faire ma bitch pour ça. Fait que je gardais ma rage dans une cage pis j’ai commencé à avoir du ressentiment dans le sang et à étirer mes soirées à la garderie, à m’isoler dans ma chambre et à dormir trop souvent chez mon meilleur ami et ce, jusqu’au jour ou je suis tombée très malade (bon c’était une sinusite chronique accompagnée d’une gastro mais les deux ensemble, c’était pire qu’une annonce de Buckley mettant en scène un homme).

« Penses-tu qu’en fin de semaine, ça serait possible pour toi de pas amener personne ici? J’ai la chiasse aux deux secondes pis je pense que je meurs. Ça serait vraiment respectueux de ta part ».

« Ben oui No, pas de problème, je comprends ça. »

Enfin, j’avais la paix emmitouflée dans mon pyjama ACDC en train de me taper les 20 premières saisons de Supernaturel, le motton de mouchoirs à mes pieds, les cheveux déguisés en crackhead qui a pas eu sa dose et ma face qui criait « BOU!!! » au monde entier.

Je vivais ma propre pub Buckley, en toute intimité…

Jusqu’à ce que ça sonne à la porte.

« Onw, mon coloc m’a commandé une pizza vu que je suis malade pis que je fais trop pitié pour me faire à manger », me suis-je dit un peu stone sur les tonnes de médicaments prescrits que je venais d’avaler. 

Il sort de sa chambre en courant vers moi, me regarde droit dans les yeux et me sort : « J’sais que tu vas être frue, mais ils vont pas rester longtemps ».

J’ai même pas eu le temps de sortir une hache qu’une gang d’hurluberlus était plantée devant moi se présentant chacun son tour.

« Salut, je m’appelle Noémie, je suis la cruche qui sert de coloc, présentement j’ai envie de chier mais je vais me retenir parce que je suis polie mais je vais tellement vous tousser dans la face que vous allez pu jamais revenir mes maudits ».

J’étais hors de moi. Je bouillais du dedans, je rôtissais, je cramais, je carbonisais, je boucannais, je m’enflammais et j’allais crisser le feu à chacun d’eux, en commençant par le jugement de cave de mon Co-chambreur.

Deux heures ont passées. J’en pouvais plus. J’étais blanche comme du lait mais personne ne remarquait ma souffrance intérieure.

Je me lève, laissant tomber mes boules de mouchoirs et ma dignité, prête à leur exploser les tympans par ma profondeur des ténèbres, mais, à leur tour, ils se lèvent et partent enfin.

Yes.

Je peux aller aux toilettes.

Je peux aller dans ma cuisine et me préparer une soupe.

Je peux même manger ma soupe aux toilettes si je veux.

Je peux….

Je peux….

« HEN! HEN! HEN! OHHHH OUIIIIII »

(Murs qui tremblent).

 NON. NON. NON. NON. NON.

Était-il véritablement en train de baiser bruyamment, et par ce fait même, transgresser une fois de plus l’une de mes conditions ?

(Pour de vrai, à ce moment-là dans ma vie, je pleurais en petite boule dans ma chambre en essayant d’expliquer la situation à ma mère).

« Maman, j’vais l’battre, j’vais l’battre, j’vais l’battre. Hellraiser c’est rien comparé à ce que je vais lui faire si je continue d’habiter ici ».

Ça a duré comme ça une bonne heure.

Je parle de lui qui baise et non de moi qui pleure.

De mon côté, j’avais eu le temps de concocter une vengeance douce/amer/bruyante.

Deux heures du matin.

J’ai faim.

J’ai accidentellement parti le blender.  

Pendant longtemps.

Assez pour qu’ils se lèvent.

Oups.

Pis je suis repartie me coucher.

Le lendemain matin, j’étais assise (par terre parce que j’avais toujours pas de chaises ni de table) pis je les regardais froidement s’embrasser avant de se dire bye.

J’ai attendu la dernière seconde de leur french dégueux pis je leur ai garroché comme si de rien n'était: « Ah oui… tu jetteras ta brosse à dent, je l’ai échappée dans le bol en essayant de la déboucher. Je voulais te le dire hier, mais… Je voulais pas vous déranger ».

Je sais pas si c’est parce que je tenais un couteau tranchant dans mes mains en le fixant comme un sociopathe ou le fait que je venais tout juste de lui annoncer que dans les trois prochains jours, il allait lui aussi avoir la gastro, mais il ne m'a plus jamais fait chier.

Et depuis ce temps, ce gars-là fut surnommé par mes amis: Annie Villeneuve, en l'honneur de sa toune « tombééééé à l'eaaauuuuuu ».