Faits Vécus

Du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours été gênée. J’étais l’enfant qui se cachait dans les jupes de sa mère ou qui s’accrochait aux jambes de son père. J’ai pleuré un nombre incalculable de fois quand on me laissait à la garderie, parce que j’avais de la difficulté à me faire des amies et je laissais les autres fillettes me marcher sur les pieds (et me prendre les plus belles poupées, même si je jouais déjà avec).

Enfant cachéSource image : Unsplash

En grandissant, ça ne s’est pas vraiment amélioré. Je devenais rouge tomate chaque fois que je devais faire un exposé oral au primaire, au secondaire, au cégep ou ailleurs. Je n’ai jamais eu le courage de sortir LA réplique assassine qui aurait cloué le bec à l’équipe adverse lors de débats. Je suis celle qui restait toujours au fond de la classe, qui s’empourprait pour un oui ou pour un non ou qui parlait tellement pas fort que sa phrase devait être répétée encore et encore (ce qui est encore plus gênant). Je pourrais faire une liste qui s’étirerait sur des pages et des pages de trucs qui m’ont gêné ou qui me gênent encore et que tu trouverais cons.

J’ai souvent pleuré en me disant que jamais je ne pourrais vivre une vie normale. Que je n’aurais pas d’amies. Tsé, j’ai appris que comme je suis gênée, mais que je me tiens droite j’ai l’air vraiment snob…yé. Oui, c’est plus difficile de se faire des amies quand tu es gênée, mais quand tu t’en fais, ce sont des vraies. J’ai souvent eu des disputes avec mon père et ma mère parce que je ne voulais pas appeler chez le médecin ou le dentiste pour prendre mes rendez-vous (genre quand j’avais 18 ans). Pendant longtemps, j’en ai voulu à ma mère qui me disait que je finirais par sortir de ma coquille. Elle aussi était supposément aussi gênée que moi à mon âge (je n’en croyais pas un mot). Combien de temps encore me disais-je à 14, 15, 16 ,17, 18 ans, etc.

Gênée

Puis, j’ai commencé tranquillement à accepter ma gêne. Tranquillement, un jour à la fois. Ce n’est pas facile de se battre contre soi même. De penser à quelque chose de drôle, à la bonne réponse ou à une phrase sexy et devoir se battre avec sa tête jusqu’à ce que le moment passe. D’avoir peur de ne pas dire la bonne chose, de dire quelque chose de déplacé, de dire quelque chose de faux. D’avoir l’air stupide et vide quand je parle. Pourtant tout le monde le fait, ça arrive. Souvent, je me suis aperçue que je me jugeais beaucoup trop sévèrement. Avant ça m’énervait qu’on me dise : « Mais voyons, tu es bien calme! Es-tu toujours comme ça? » Eh bien oui! Pis après? (Ça c’est de l’acceptation mes amis!)

Ça ne m’enlève rien. Je réfléchis juste plus à ce que je dis et je ne suis pas bonne pour faire du small talk. Si je te vois dans la rue, je vais peut-être juste te regarder et te sourire parce que je ne suis pas certaine que tu te souviens de moi. Je parle de plus en plus fort et des fois je m’arrête au milieu d’une phrase, car je m’en rends compte. Un jour, je vais finir ma phrase sur le même ton.

Coucher de soleil

C’est certain que je suis passée à côté de plusieurs occasions à cause de ma gêne. Que j’ai arrêté certains projets, car je n’en pouvais plus d’être seule dans mon coin et de n’avoir personne  à qui parler. Pourtant, j’ai quand même réussi à faire certaines choses, et briller devant un public, aussi stressant que ça puisse être, ne m’a jamais dérangé. J’ai eu des chums, des amies, des jobs et j’en ai dit des conneries. Je ne suis pas morte.

La confiance et la gêne je dirais que c’est pas mal lié. Plus je prends confiance en moi avec les années, plus ma gêne diminue. C’est certain que des fois ça va jusqu’à me faire mal, car je veux dire quelque chose, mais ça ne veut pas sortir. Ma gêne ne s’en ira jamais complètement, parce que c’est un des ingrédients de base de ma personnalité. Ça me dérangera toujours parfois, mais je sais que sans elle je ne serais pas moi.

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Camille Paul

Une tasse de bonne humeur, un quart de tasse de gêne, une belle grosse cuillère d’autodérision et une pincée d’akwardness et de sarcasme, voici la...

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