Vie de bureau

J'ai toujours cru que, dans la vie, il y avait juste un chemin qui menait à la réussite, au bonheur. Dans ma tête, le bonheur découlait de la réussite : tu réussis, tu es heureux !

D'aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais fait de "faux pas". J'étais studieuse au primaire, performante au secondaire, travaillante au Cégep et assidue à l'Université. Je n'ai jamais pris de drogue ou abuser de l'alcool et j'étais bien là-dedans.

Un jour, j'ai gradué de l'Université. Moi, j’étais habituée de me lever le matin, d'aller à mes cours, d'étudier et de travailler pour me mettre de l'argent de côté. Pour moi, l'objectif ultime, c'était de finir l'école, de m'acheter une maison, d'avoir des enfants et de voyager. Pour faire tout ça, ça prend de l'argent, beaucoup d'argent. C'est pour ça qu'en finissant l'université, j'ai commencé à faire beaucoup – trop – d'anxiété. Je ne devais pas seulement me trouver un emploi dans mon domaine d'études, je devais me trouver un emploi qui me permettrait d'avoir tout ça. Ça en met de la pression ! Alors, j'ai envoyé des centaines de CV pendant près d'un an avant de finalement me trouver mon premier vrai emploi. Je vous épargne mes crises d'angoisse et mon anxiété, qui ont fait de cette année-là, une année que j'essaie encore d'oublier. Je voyais le temps passer et j'avais l'impression que mon avenir me glissait entre les mains. Je n’avais alors que 24 ans.

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Source : http://www.sylvainwealth.com/

 

Quand j'ai reçu l'appel me confirmant mon embauche, j’étais certaine que mon problème d'anxiété venait de se régler. J'avais enfin l'élément qui me manquait pour être totalement heureuse. J'ai une bonne famille, de bons amis, un amoureux merveilleux et maintenant un emploi dans mon domaine d’études. Ma vie pouvait enfin commencée !

Au début, c'est trippant d'avoir un beau bureau à soi, avec son nom écrit sur la porte. Les mois ont commencé à passer et mon trip aussi. Je me levais le matin avec cette boule dans l'estomac qui t'avertit que quelque chose ne tourne pas rond. Tu l'ignores, tu n'oses pas en parler à personne, parce que tu l'as tant voulu ce job. Tu as tout donné pour qu'on t'offre cette opportunité, alors, tu ne dis rien. Et à la question "Et puis, comment va le travail?", tu réponds que tu adores ça, que c'est tellement agréable de travailler dans un domaine qu'on a choisi.

Puis, un jour, derrière ton écran d'ordi, assise sur ta belle grosse chaise, tu pleures. Tu réalises que tu t'ennuies réellement seule dans ce bureau. La sonnerie du téléphone te sort de ta réflexion et te ressaisie. "Tu as fait 3 ans d'université pour obtenir cet emploi. Tu dois aimer ça !" Alors, tu essuies tes larmes et requinques ta machine.

Pourtant, ce sentiment de ne pas être à ta place revient, encore et encore. Tellement, que tu décides de t'arrêter pour te questionner sérieusement : "Et si ce travail n'était pas fait pour moi? "

Tu en glisses un mot à ton copain, à ta meilleure amie, à ta mère et ta sœur. Tous te répondent bien évidement : "Ben voyons ! Ça va te passer." Tu insistes en leur disant que tu es malheureuse là où tu te trouves et que tu crois que cet environnement de travail ne te convient pas. Personne ne t'écoute vraiment, parce que toi, qui a toujours filé en ligne droite, tu ne peux pas te permettre un pas de côté. Rappelle-toi l'objectif ultime : la job, la maison, les enfants, les voyages, LE bonheur !

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Source : http://www.bedbugdatabase.com/

 

Eh bien, pour une fois, pour une toute première fois, j'ai décidé de m'écouter et de faire un choix pour moi. J'ai pris la décision de quitter mon emploi de conseillère aux communications et de retourner travailler comme technicienne de laboratoire, là où je travaillais durant mes études, le temps de me trouver un emploi qui me convienne. Je ne mets pas fin à ma brillante carrière en comm. Je mets fin à cette tristesse qui me ronge chaque jour en allant à ce travail.

Cette décision m'a énormément appris sur moi. Premièrement, dans la vie, pense à toi, parce que sinon, personne ne le fera à ta place. Et deuxièmement, dans la vie, n'ai pas peur de ce que les autres vont penser, parce que s'ils t'aiment vraiment, ils te soutiendront peu importe.

La chose la plus drôle dans cette histoire, c'est que je ne me suis jamais sentie aussi heureuse qu'aujourd'hui. La preuve que le bonheur ne se trouve pas uniquement dans la réussite, mais aussi dans nos apprentissages et nos petits "pas de côté".

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