Style de vie

J’étais fière comme si j’avais été sélectionnée pour Les Jeux olympiques.

De la belle fierté de compétition à heure de grande écoute. Je me souviens que j’avais évalué la casquette une soirée de temps, attachant mes cheveux dans le filet d’hygiène en souriant au miroir pour évaluer mes possibles chances de beauté afin d’aller tremper des grosses molles vanilles dans le chocolat noir.

Je venais d’être engagée au bar laitier de la terrasse Dufferin à Québec, haut lieu touristique où il fait bon flâner dans toutes les langues et se photographier le grand voyageur avec une vieille ville comme arrière-plan. Je n’aurais pas pu espérer meilleur emploi étudiant, celui qui ouvre le bal des « jobinettes », qui fait rêver, qui laisse croire à l’infini des possibles et des pas possibles.

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J’avais la naïveté grandiose, l’entrain pas très loin du niveau camp de vacances et je me mouillais les orteils pour la toute première fois dans l’univers du service à la clientèle.

La vie a fait en sorte que c’est un univers que j’ai, hélas, jamais véritablement quitté. J’en ai pointé des numéros d’allées, j’ai fabriqué des centaines de sandwichs et coulé des cafés. J’ai pitonné sur une belle tonne de caisses enregistreuses, avec un prendriez-vous un sac et une bonne fin de journée.

Je ne dirais pas que j’ai la vocation. Les vrais de vrais, ils sont impressionnants à voir aller. Moi, je me débrouille. J’ai une bonne façade, une bette de gentille, des parents qui m’ont appris la politesse et un besoin évident de payer mes comptes.

Le service à la clientèle est capable du meilleur comme du pire, dans le spectre le plus large qu’il soit possible d’imaginer.

J’ai rencontré des gens magnifiques, j’ai eu la chance d’entendre des témoignages bouleversants, des petits coins de vie qui te sont offerts en cadeau, à fouiller dans le portemonnaie en quête du vingt-cinq cents manquant. Des mots d’enfants qui font craquer, des grosses blagues bien poussées, de véritables moments de plaisir avec de purs inconnus.

C’est beau. C’est le plus joli de l’être humain et ça fait du bien au cœur et à l’espoir.

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Et puis il y a tout le reste.

Gamine, je me rappelle que mon père ne laissait pas beaucoup d’espace à la nonchalance et à l’impolitesse. Se traîner les bottes bruyamment, mâcher de la gomme la bouche ouverte, faire une moue boudeuse à la caissière de l’épicerie, ça ne passait pas au conseil. On me ramenait à l’ordre rapidement.

« Le civisme, ma chérie, c’est une foule de petites choses. »

Je comprenais que je devais changer de comportement, mais je m’expliquais mal cette histoire de civisme. Il demeurait une belle zone floue dans l’avertissement de mon père.

Aujourd’hui, je saisis très bien. Une foule de petites choses, oh oui.

À commencer par dire « bonjour » avant d’adresser la parole à quelqu’un, jusqu’à prioriser l’humain qui se trouve devant soi plutôt que le cristi de bidule électronique que nous avons de collé à l’oreille. Le civisme, c’est entre autres garder en tête que ce que nous n’accepterions pas de faire chez soi, il vaut mieux s’abstenir de le faire dans un lieu public. Quand je retrouve un pauvre brocoli abandonné entre deux boîtes de soupe aux tomates, je me demande quelle vie on mène pour ne pas trouver le temps de faire une vingtaine de pas en sens inverse et aller se gérer l’indécision dans la bonne section.

La vie va vite, je le sais. On écrit des livres de recettes complets pour nous faire sauver vingt minutes de temps de cuisson, temps qu’il nous fera bon de redonner sur un Netflix de qualité. Et je sais combien les tâches s’accumulent au quotidien et combien les boulots sont prenants. Il y a les textos qui n’arrêtent pas de rentrer, les écouteurs qui nous coupent du monde extérieur, et le stress qui nous enferme parfois en soi, bien à l’abri dans nos tracas et nos d’un coup que.

Mais tu sais toi, oui toi, qui est toujours pressé, tanné, fatigué et à bout de sa journée, quand la jeune fille te dit bonjour à la caisse, je te promets que ça peut juste être plus sympathique de lui répondre. Et tant qu’à y être, es-tu partant d’essayer de lui décocher ton plus beau sourire? Puis celui qui te tend la main pour accueillir ta précieuse monnaie, pas mal certaine qu’il va t’être profondément reconnaissant de ne pas la garrocher sur le comptoir sans le regarder dans les yeux. Je dois aussi t’avouer que c’est un tantinet lourd quand tu cherches ton portefeuille dans ton sac en beau bordel, alors que ça fait quinze minutes que tu comptes tes likes de la journée dans la file d’attente. Ah, et une dernière chose, presque rien, mais tu sais la sapristi de facture que plus personne ne veut et qui s’accumule en montagne vertigineuse dans les bacs à recyclage ? Eh bien deux options s’offrent à toi devant ce bout de papier : soit tu le prends, hop dans le sac et tu en feras un beau petit projet de gestion une fois rendu à la maison, soit tu mentionnes au caissier que tu ne le désires pas et tu lui laisses le loisir d’en disposer. Voilà! 😉 C’est si simple!

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Je ne suis pas ici pour lancer des pierres à personne. J’ai probablement déjà été une clientèle de piètre qualité à un moment ou à un autre dans ma vie. L’affaire, c’est qu’il n’y a pas d’issue possible, même si vous ne travaillez pas dans le service à la clientèle, vous vous y retrouvez tout de même plusieurs fois par semaine, dans le labyrinthe des allées du Canadien Tire ou à l’épicerie du coin.

Ce sont ces « relations humaines obligées ». On ne peut s’en échapper.

Alors, vous en dites quoi si on essayait de se rendre ça un tout petit peu agréable ?

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Marie-Frédérique Thériault

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