Comprendre et dénoncer la culture du viol

– Je ne sais pas… Je m’aperçois que ce gars-là ne m’intéresse vraiment pas. Je trouve qu’il est trop efféminé. Il est vraiment proche de ses émotions et tout…
– Donc, pour toi, posséder une personnalité « féminine », c’est être émotionnel?
– Oh mon dieu! est-ce que je viens vraiment de dire ça?

Voici un petit échange a priori anodin que j’ai eu avec mon amie dans la voiture en fin de semaine. Les stéréotypes de genre, c’est maintenant mon plus grand combat et c’est impressionnant de voir la quantité qu’on peut dire en une journée sans en avoir connaissance. Stopper la culture du viol, ça passe par là aussi. Défaire les préjugés.

Mais c’est quoi la culture du viol? On s’entend qu’on ne dit pas ici que tous les garçons sont des violeurs. Loin de là.

Ce n’est que depuis 1992 que des amendements au Code criminel mettent en place des règles concernant la référence au passé sexuel d’une plaignante et la définition de consentement. Avant cette année-là, on pouvait invoquer le passé sexuel de la victime, comme le nombre de partenaires par exemple, pour la discréditer. Dur à croire que c’est maintenant chose du passé quand on voit la une du Journal de Québec où le gros titre de la journée est qu’Alice Paquet est une escorte. Ils ont heureusement changé leur titre par la suite pour « Révélations sur Alice Paquet ». La culture du viol, c’est ça.

La culture du viol, c’est :

– Minimiser les agressions sexuelles : « Elle n’a même pas été violée! » ;
– Culpabiliser les victimes : « Elle avait juste à barrer sa porte! », « C’est sûr que quand tu t’habilles comme une salope, tu t’aides pas! » ;
– Mettre le doute sur la victime : « Il y a plein de folles qui font des accusations injustes sur les hommes pour attirer l’attention! », « Elle a un passé dans la prostitution, elle n’est pas vraiment crédible… » ;
– Banaliser la situation : « Ça va détruire la carrière de ce député… »

Environ 90% des agressions sexuelles ne sont pas dénoncées à la police. En 2013, seulement 59% des dénonciations ont mené à une mise en accusation. Sans compter que plusieurs gestes d’harcèlement sexuel ne sont pas encore considérés comme de nature criminelle et l’exemple le plus évident est l’harcèlement en ligne.

Peu de recours s’offrent aux victimes, on a peur de ne pas être crues et le processus judiciaire et son impact sur notre vie font peur. Banaliser les agressions sexuelles de toute nature et encourager les préjugés envers les victimes : c’est ça, la culture du viol.

Et c’est aussi les stéréotypes de genre. Encore une fois, la femme est présentée comme faible et il est de sa responsabilité de se protéger contre les hommes. Il faut donc porter des jupes longues, un col roulé et s’assurer d’être accompagnée jusqu’à sa voiture le soir par son ami de gars « au cas où » il y aurait un agresseur. Les hommes sont présentés comme non-responsables de leurs pulsions sexuelles qui m’ont l’air, ma foi, incontrôlables. Il est grand temps de défaire ces jugements et de se dire que nous sommes tous des êtres humains égaux.

Pour dénoncer la culture du viol, voici deux manifestations où aller ce mercredi :

Pour Montréal : https://www.facebook.com/events/1114460498641519/
Pour Québec : https://www.facebook.com/events/390514811337725/

Il est plus que temps d’exprimer notre ras-le-bol et de se faire entendre, car la culture du viol, c’est non!

Source : Marie-Eve Surprenant. « Manuel de résistance féministe », 2015.

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Source : facebook.com