Voyage

À l’aube de l’été 2017, comme bien d’autres jeunes gens de la vingtaine, j’ai été habitée par l’envie pressante de partir à l’aventure. J’ai donc eu la folle idée de faire la Gaspésie à vélo. C’était en effet très farfelu de penser que j’y arriverais considérant mes piètres connaissances en la matière… En toute honnêteté, je n’étais pas embarquée sur un bicycle depuis l’âge d’environ 10 ans. Certains m’ont cru cinglée, d’autres imbécile. Personnellement, j’ai simplement et naïvement eu envie de voir du pays tout en pédalant. C’était bel et bien naïf puisque je ne réalisais pas encore l’ampleur de la tâche qui m’attendait. Fondamentalement, je crois que j’avais également besoin de me dépasser et de me prouver que ce ne sont pas des centaines de kilomètres qui m’empêcheraient d’avancer. Ça n’a pas été tout rose et laissez-moi vous raconter l’analogie que j’ai tissé entre ce voyage et la vie.

Arrivés à Rimouski, mon compagnon de voyage et moi avons connu un départ assez rocambolesque en sortant de l’autobus. Il a d’abord remonté nos vélos sous une pluie battante et un froid à s’en glacer les os (le mois de mai n’est pas le meilleur temps de l’année en Gaspésie, faut le dire…). À peine le premier kilomètre de terminé, mon vélo et moi avons fait un petit vol plané pour atterrir directement devant une voiture à un feu rouge. L’adrénaline étant ce qu’elle est, je suis remontée sur mon vélo et on est reparti. Par contre, la pluie s’est fait de plus en plus forte et j’ai été prise de panique deux kilomètres plus tard. C’est alors que deux choix se sont présentés à nous : je remettais les deux pieds dans mes étriers pour pédaler ou on rebroussait chemin. La peur au ventre, la pluie devenant tempête et le froid commençant à avoir raison de mes doigts et de mes orteils, j’ai un peu figé. Grâce à la patience et au judicieux choix de mots de mon compagnon, on est reparti. Ça a été la meilleure décision de ma vie puisque malgré toute la peur qui m’habitait, je m’en serais voulu de la laisser être un « moteur décisionnel ».

Après ce petit incident, vous pouvez vous imaginer que je pédalais avec énormément de retenue : j’avais peur de prendre trop de vitesse ou de ne pas avoir les mains prêtes à freiner en permanence. J’apprenais littéralement à pédaler comme une enfant de 4 ans. Mes photos Instagram ne montrait que le paysage… Mon visage empreint d’inquiétudes et crispé de craintes était caché derrière la caméra, lui. À chacune des côtes (en Gaspésie, crois-moi, il y en a de la côte!), je m’époumonais. Je maudissais le ciel d’avoir une tête de cochon et de ne pas avoir écouter mon entourage me dire que j’avais besoin de plus d’entraînement pour accomplir ce genre d’exploit. On est parti durant les inondations qui ont frappé le Québec l’année dernière, on était donc trempé et gelé la moitié du temps. Par chance, mon fidèle (et si patient) acolyte m’a gueulé la même fichue phrase pendant deux semaines : « PÉDALE, FREINE PAS! ».

À plusieurs reprises, ça a été excessivement difficile de ne pas abandonner. Je me suis sentie faible et incapable de terminer le voyage. J’ai gardé le sourire le ¾ du temps (question de ne pas rendre la vie de mon compagnon trop pénible), mais j’ai souvent eu envie de me coucher en boule, pleurer et écouter Friends pour me remonter le moral. La pluie et le froid m’ont fait croire que je perdrais mes doigts et mes orteils (je me mettais des alarmes la nuit pour les réchauffer un peu…). Je n’ai pas senti mes cuisses et mes mollets pendant deux semaines. Ça, c’était après que je découvre douloureusement des muscles dont je connaissais pas l’existence. Encore et toujours, mon partenaire de voyage me criait à s’en casser la voix : « PÉDALE, FREINE PAS! ».

Il en reste qu’au final, ce voyage-là m’a donné l’opportunité de me relever lorsque j’suis tombée et de remonter sur mon vélo malgré la panique. J’ai eu l’occasion d’être plus patiente envers moi-même, de réaliser que certaines de mes peurs ou de mes douleurs n’étaient pas irraisonnables, mais qu’à défaut de pouvoir passer par-dessus, elles allaient m’empêcher d’apprécier chaque instant. J’ai vu (et senti!) la Gaspésie comme aucun autre voyage ne me l’aurait permis. À chaque arrêt, c’était non seulement magnifique, mais également tellement gratifiant considérant le chemin parcouru pour nous rendre. Au final, ça ressemble étrangement à la vie t’sais… Quand elle te fera passer une mauvaise journée, une mauvaise semaine ou une mauvaise année (référence à la chanson thème de Friends ici, oui, oui!) : « PÉDALE ET SURTOUT, NE FREINE PAS! ».

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Daniella Vilaire

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