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À ce jour, j’ai eu la chance de courir six marathons dans ma vie, cinq chronométrés et un comme lapine de cadence. Ces six événements ont été mentalement et physiquement très différents pour moi.

Premier marathon :

Tout d’abord, mon premier marathon; le moment dans ta vie où tu te lances ce défi, mais tu n’as aucune idée à quoi t’attendre et tu es bien loin de t’imaginer ce qui va se passer dans ta tête et dans ton corps. Je tiens à mentionner ici de faire ce que je dis et non pas ce que je fais! J’étais sur la ligne de départ d’un marathon de sept boucles identiques, une journée pluvieuse (ou plutôt de tempête et de déluge avec un 2 degrés Celsius au thermomètre) bien gelée, la musique dans les oreilles avec aucune préparation de course spécifique.

Ce qui s’est déroulé dans ma tête ce matin-là… eh bien j’étais en mode survie… Je tournais en rond, un tour à la fois, avec le cycliste de tête, parce que eh oui, mon premier marathon j’ai fini première femme et premier homme! Je me questionnais, est-ce que je suis partie trop vite? Pourquoi personne ne me dépasse? Je vais bien finir par casser? Mais il est où le foutu mur du 32 km? Et bien tout compte fait, j’ai réussi mon défi. J’ai passé le fil d’arrivée la tête haute en ayant fait ma liste d’épicerie, mes commissions, mes articles à ne pas oublier dans ma semaine, bref j’avais eu le temps de penser à toutes mes listes de listes.

Je me disais : «Oh il me reste 5 tours, 4 tours, 3 tours, 2 tours, 1 tour…». Je savais où étaient les trous d’eau, les branches d’arbre sur le chemin, les cailloux, bref je connaissais le parcours par cœur. Par contre, le lendemain fut toute une aventure, avec aucun millage dans les cuisses, j’ai eu tout un choc à mon réveil. Les escaliers ont été mes pires ennemies pour la semaine qui a suivi. Pour les prochains marathons, j’avais maintenant un nouvel élément ajouté à la liste des choses à penser durant le marathon : vais-je avoir autant de répercussions demain matin. Ma réponse : non. Je n’ai plus jamais ressenti cette douleur atroce de fille pas prête à courir un marathon.

Deuxième marathon

Magog! Wow quand tu habites en banlieue de Montréal, tu n’as aucune idée qu’il peut y avoir autant de côtes, de collines, de montagnes sur une distance de 42,2 km. J’ai fini ce marathon à la deuxième position. Je que je me disais durant les km: je vais bien finir par dépasser la première… eh non, ce n’est jamais arrivé. Je me suis déchirée le tendon d’Achille à 20 km, j’ai souffert du 20e au 42,2e kilomètre. Par contre, je me suis amusée et j’ai essayé de voir le positif dans tout ça. Mes parents étaient présents, j’ai donc pu les croiser à quelques reprises sur le parcours. Ils me donnaient de l’énergie pour mettre un pied devant l’autre et je savais qu’à la fin, on allait dîner dans un bon restaurant alors je pensais à ce que j’allais me commander, bref une course transportée par mes envies culinaires.

Troisième marathon

Mon troisième fut Ottawa. La veille, aux funérailles de ma tante partie beaucoup trop jeune suite à de nombreux cancers, je n’étais pas censée courir ce marathon. Une décision de dernière minute, une petite virée de nuit pour me rendre sur la ligne de départ aux petites heures du matin le lendemain, un dossard acheté le matin même d’un certain Pierre.

J’ai considéré cette course comme une libération, j’ai pensé à Manon qui était au ciel et qui me regardait d’en haut, m’apportant la force et le courage de franchir tous les kilomètres, un à la fois. Je courrais cette course pour elle, pour tous ces combats qu’elle a dû faire, toutes les victoires, les rémissions, les récidives qu’elle a dû subir. Pour elle, je courrais comme une gazelle parce qu’elle m’y comparait souvent. Je me suis évadée, cette course fut pour moi mon échappatoire de ce deuil qui me grugeait de l’intérieur.

Quatrième marathon

Mon quatrième et non le moindre ; le marathon de Montréal que j’ai remporté en 2015. Ma sœur est venue courir avec moi les 21 derniers kilomètres, les 21 premiers j’étais avec des amis. J’ai placoté tout le long du parcours, parce qu’on ne se mentirait pas : le parcours de Montréal est selon moi le plus ennuyant de tous les parcours que j’ai courus. Moi et ma sœur lorsqu’on court, on trouve 1001 sujets de conversations.

Je dois avouer que les 2 petits derniers km, lorsque la deuxième me rattrapait, que je venais de réaliser que j’avais oublié de boire de l’eau sur mon 40 kilomètres déjà écoulé et que j’étais en déshydratation, que je voyais des étoiles et ce en plein jour, eh bien mon niveau d’élocution n’était pas le même. Ma sœur a continué de m’encourager et de me motiver pour que je puisse passer le fil d’arrivée les mains dans les airs et un sourire de victoire aux lèvres.

Cinquième marathon

BOSTONNNNNNN! Eh bien là, tu as des gens qui applaudissent, t’encouragent sur tous les parcelles de terrain qui bordent le 42,2 km. Des résidents avec leurs trompettes, leurs flûtes, leurs tambours, leurs casseroles, bref tout ce qu’ils ont sous la main. Tu passes par de nombreux petits villages où le paysage est magique, au travers un collège de filles où certaines d’entre elles sautent littéralement sur les coureurs (semblerait-il qu’embrasser un marathonien porte chance pour leurs examens finaux).

Petite anecdote ; le garçon à mes côtés a réussi à embrasser une douzaine de filles.. et ce avec un rythme de 4min12/km c’est incroyable! J’ai adoré ce marathon, j’ai réfléchi à tout et à rien. Je regardais les gens, le paysage, les coureurs, j’espérais croiser un collège, mais non aucune chance!! J’ai vu des gens vomir, des gens en chaises roulantes qui te donnent la motivation de continuer, des gens qui ne contrôlent pas leurs selles dans leur cuissard alors ça aussi ça te donne une motivation de courir plus vite pour les dépasser et arrêter d’avoir leur mauvaise odeur sous le nez.

Bref, peu importe le parcours, 42,2 km c’est relativement long, tu as le temps de penser à tout. Tu penses à ce que tu aimes, ou tu aimes moins. Tu penses à du négatif et tes petites douleurs qui commencent à apparaître ici et là, tu reviens focus et tu te dis que tu dois te concentrer sur le positif, tu regardes le paysage, tu apprécies ces moments bucoliques, tu essaies de sentir le vent dans tes cheveux, le soleil sur ta peau, les petits moments de bonheur.

Et là ça revient, la douleur, le négatif… Tu te répètes : la force du mental … Un petit conseil que je donne souvent : essaie de penser à un endroit qui ne te fait pas mal : souvent le petit doigt, c’est un membre de ton corps où tu n’as aucune douleur durant un marathon alors GO penses à ton petit doigt et si tu veux être «WILD», alterne entre ton petit doigt de la main droite et ensuite le petit doigt de la main gauche!

Tu penses aux kilomètres que tu as courus, aux kilomètres qu’il te reste, tu fais le décompte, tu essaies de réfléchir au prochain défi sur le parcours. Tu penses à ta famille, tes amis, tes collègues de travail, aux gens avec qui tu t’es entraînée et des conseils qu’ils t’ont donnés. Tu essaies de te conter des blagues, tu inventes des histoires. Je pense à mes prochains sujets de blogues.

Certains gens pensent à leur bière une fois rendue au fil d’arrivée, pour ma part je ne bois pas.. Mais je peux inverser la version liquide par une version solide et je réfléchis à ce que je vais manger une fois à la ligne traversée… Ce qui est dommage c’est qu’une fois rendue au bout, tu as mal au cœur et tu es incapable d’ingérer quoi que ce soit! Mais ce n’est que partie remise, le lendemain d’un marathon on mangerait pour une armée.

Tu peux penser à tout ce que tu désires, ou faire le vide dans ta tête. Un marathon c’est libérateur, c’est difficile à d’écrire et aussi difficile à vivre, mais si tu as le temps, la patience et la volonté, je recommande à tous d’essayer un marathon une fois dans leur vie! Et ce, seulement si vous êtes prêts et que votre corps est préparé à subir tous ces chocs, sinon tenez-vous en à des plus petites distances : 5 km, 10 km, 21 km. Peu importe, c’est juste que vous aurez moins le temps de réfléchir et d’entrer profondément dans votre vous intérieur. Il y a moyen d’en ressortir quelque chose de bien, soyez confiant et un pas devant l’autre, on arrive toujours au fil d’arrivée.

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Geneviève Asselin-Demers

Un mot pour décrire Geneviève : énergique. Toujours 1001 projets en tête, elle se lance toujours des nouveaux défis qu’elle complètera à coup sûr. Sportive...

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